Je suis entré dans ce que les sociologues appellent la génération sandwich : prendre soin simultanément de mon adolescent et de mes parents vieillissants, tout en m’occupant de tout le reste : mon mariage, un travail exigeant, une grande famille élargie, des amitiés, des chiens, ma maison, sans parler de mes propres besoins et de ma santé. Cette phase de la vie est un manuel dukkhaque les enseignements bouddhistes comparent à une charrette à bœufs avec une roue bancale créant une friction persistante qui rend la conduite difficile.
Mon calendrier est devenu un puzzle qui ne pouvait pas contenir toutes ses pièces. Mes listes de tâches me hantaient à cause de cahiers, d’applications et de bouts de papier éparpillés sur les surfaces. S’asseoir devant mon ordinateur portable est devenu un exercice de réponse au stress, alors que je parcourais le combat, la fuite, le gel et le faon. Les choses sont passées entre les mailles du filet. J’ai manqué des rendez-vous. Je me demandais si je prenais la bonne décision médicale pour ma mère, la bonne décision éducative pour ma fille.
Un après-midi, dans mon jardin, je coupais à la hâte des tiges de bambou entre deux réunions Zoom lorsque je me suis retrouvé avec des dizaines de minuscules éclats incrustés dans mes mains. Quelques éclats auraient pu sembler gérables,
mais ensemble, ils étaient redoutables : trop petits pour être retirés facilement, trop nombreux pour être ignorés. Chaque mouvement me rappelait qu’ils étaient là : la douleur lorsque je prenais mon ordinateur portable, que je faisais des gestes pendant l’enseignement ou que je tendais la main de ma fille. C’est ainsi que j’ai été submergé : pas un événement catastrophique, mais de nombreux petits points douloureux ancrés dans ma vie quotidienne.
Au milieu de la nuit, j’ai été réveillé par la seule force de mon propre oubli. Chaque tâche inachevée résonnait dans mon système nerveux comme une alarme. J’ai pensé au Bouddha assis sous l’arbre de la Bodhi, rencontrant Mara – nargué, tenté, assiégé par tout ce qui lui arrivait. Moi aussi, je me sentais assiégé. Que ferait l’Illuminé de ce moment ? Que pourrait-il m’apprendre sur la façon de le rencontrer ?
Le mot pali pour pleine conscience est satisouvent traduit par « se souvenir ». Pratiquer la pleine conscience, c’est littéralement se souvenir de nous-mêmes : rassembler les morceaux épars de notre attention, de notre énergie, de nos vies. J’ai ressenti ce besoin avec acuité. J’étais tellement concentré sur la gestion des innombrables exigences – infimes et significatives – de ma vie que j’avais oublié de recourir à l’un des enseignements les plus compatissants de ma pratique : la pratique du refuge.
Un refuge est un endroit où nous nous trouvons à l’abri du danger. C’est aussi un lieu, comme un refuge faunique, où ce qui est précieux, précieux et vulnérable est nourri et guéri. Le refuge, au sens bouddhiste du terme, n’est pas l’endroit où l’on va pour échapper à la réalité. C’est là que nous allons l’affronter avec plus de sagesse et de soin. Se réfugier nous aide à retrouver notre équilibre et à accéder à notre sérénité.
Le bouddhisme enseigne qu’il existe trois refuges : Bouddha, dharma et sangha. Bouddha est à la fois le personnage historique qui a découvert un chemin vers la fin de la souffrance et l’a partagé avec nous tous, mais aussi la nature de Bouddha qui vit en chacun de nous.
Lorsque je suis submergé par l’accablement, j’ai l’impression d’être responsable de porter le poids du monde sur mes épaules. En tant que femme d’origine afro-caribéenne et d’Europe de l’Est, je sais que mon type particulier d’épuisement, ainsi que ma résilience, n’est pas seulement personnel ; c’est ancestral, transmis à travers les générations, la culture et les systèmes nerveux. Le poids que je ressens s’accumule depuis très longtemps.
Pour me réfugier auprès du Bouddha, je visualise parfois sa présence sereine et inébranlable sous l’arbre de la Bodhi et je place cette présence à l’intérieur de mon propre corps – non pas quelque chose à l’extérieur de moi vers lequel je dois tendre la main, mais quelque chose déjà ici en moi. Cette visualisation est un rappel que sous les exigences et l’urgence du moment se cache une partie de moi qui est pas accablé. Lorsque je m’arrête suffisamment longtemps pour m’en souvenir, je peux entrevoir la liberté qui est disponible, non seulement pour le Bouddha historique, mais pour moi aussi. Le poids ne disparaît pas, mais je peux le supporter avec plus de légèreté. Parfois, je peux même en noter une partie.
Le Dharma, le deuxième refuge, ce sont les enseignements eux-mêmes, que nous rencontrons sur le coussin et – peut-être plus profondément – dans notre expérience vécue quotidienne.
L’une des idées les plus éclairantes offertes par le Bouddha est que la souffrance augmente lorsque nous résistons à la réalité. En regardant plus clairement la réalité, j’en suis venu à reconnaître qu’une grande partie de mon accablement provenait de ma conviction que je devrais d’une manière ou d’une autre être capable de tout gérer dans mon assiette. La culture du bousculade a nourri cette croyance, insistant sur le fait que si j’étais simplement plus organisé, plus discipliné, si je me réveillais plus tôt, si je trouvais un meilleur système, je devrais être capable de tout faire.
Le dharma m’a orienté vers une compréhension plus honnête. Il y a des saisons dans la vie où il y a tout simplement trop. Aucun degré d’optimisation ne peut changer cela. Durant ces périodes, nous devrons peut-être nous plaindre des limites de ce qui peut être fait. Lorsque j’ai arrêté de discuter avec la réalité, j’ai pu commencer à faire des choix plus sages. Je pourrais laisser certaines tâches attendre. Je pourrais demander de l’aide. Je pourrais dire non. Je pouvais reconnaître que prendre soin de ma famille, de mon travail et de ma communauté impliquerait toujours des compromis et que le discernement, et non la productivité, était la véritable pratique.
Le dharma nous demande également de regarder clairement les conditions qui produisent la souffrance – les conditions personnelles mais aussi structurelles, y compris la répartition inégale du travail de soins, l’attente d’une disponibilité constante et la disparition du village qui contribuait autrefois à porter les fardeaux. Ce sont des conditions qui émergent d’une culture qui privilégie depuis longtemps la productivité plutôt que l’humanité. Le but de la pratique bouddhiste n’est pas simplement de devenir plus calme dans des conditions génératrices de souffrance. C’est pour nous aider à voir clairement et à réagir sagement à la souffrance en nous et autour de nous.
Le troisième refuge est la sangha, la communauté des compagnons de voyage sur cette route cahoteuse.
Overwhelm prospère dans l’isolement. Cela nous dit que nous devrions être capables de tout gérer nous-mêmes, que tout le monde a compris comment le faire. J’ai profondément ressenti la confusion d’être capable mais toujours incapable de suivre le rythme, le sentiment que mes luttes reflètent un manque de capacité personnel plutôt que la réalité très humaine d’avoir trop de choses à porter.
Mais encore et encore, lorsque j’ai fait part de mon excès à des amis, des collègues ou des membres de ma famille, j’ai été reconnu : moi aussiet aussi avec précaution : Comment puis-je aider ? Le soulagement dans cette réalité partagée est réconfortant. Ce n’est pas que nous échouons, c’est que nous sommes humains. Et nous traversons souvent des conditions vraiment difficiles sans un soutien suffisant.
Quand je m’y ouvre, je vois le soutien de la communauté partout où je regarde. Un vieil ami réserve de la place à mes lamentations, écoutant sans essayer de réparer. J’entends un discours sur le Dharma qui touche une corde sensible, résonnant d’une vérité curative. Chez le médecin avec ma mère, je croise le regard d’un inconnu qui m’accompagne son mère. Son sourire dit : Je te vois. Le mien dit, je te vois aussi. Tout cela est sangha. La Sangha, pour moi, c’est aussi le monde naturel. Mon jardin – avec ses arbres, sa brise et même ses bambous – offre un refuge, une communauté de soins.
Je ne prétendrai pas être arrivé quelque part. Certaines nuits, je suis encore réveillé en sursaut, le cœur battant avec le sentiment inquiétant de choses oubliées ou défaites. Mais quand je me souviens de m’être réfugié, je suis chaleureusement accueilli dans ma propre capacité de liberté, d’équanimité et de bien-être, dans les enseignements de compassion, dans les communautés qui me soutiennent. Mon char à bœufs continuera sans aucun doute à vaciller sur les routes cahoteuses. Les conditions de ma vie ne deviendront peut-être pas plus simples. Mais dans les périodes de dépassement, je peux choisir de revenir à cette pratique, à ce puits profond de sagesse et de raison.
Pratique : quand il y en a tout simplement trop, refuge
La prochaine fois que vous vous sentirez dépassé, faites une pause avant d’essayer de résoudre quoi que ce soit. Sentez vos pieds sur terre. Remarquez ce que vous portez réellement en ce moment. Tournez-vous ensuite vers les trois refuges.
Bouddha: Ressentez ce qui est présent dans votre corps, votre cœur et votre esprit. Souvenez-vous du Bouddha, qui a affronté la souffrance, la confusion, la peur et l’incertitude avec sagesse et compassion. Souvenez-vous également de votre propre nature de bouddha, de cette capacité inhérente de conscience, de clarté, de courage et de liberté qui vit en vous. Même au milieu d’une situation accablante, ces qualités sont disponibles. Demandez-vous : que ferait la sagesse en ce moment ? À quoi servirait la compassion ?
Dharma : Reconnaissez la réalité telle qu’elle est. Est-il possible qu’il y ait tout simplement trop? Pouvez-vous vous libérer de la conviction que vous devriez être capable de tout faire ? Lequel de ces fardeaux est vraiment à vous de porter ? Pouvez-vous abandonner ce qui ne vous appartient pas et faire confiance aux enseignements qui vous aident à vous rappeler que toutes choses sont éphémères, que les limites font partie de l’être humain et que le discernement est plus sage que les efforts et la productivité sans fin ?
Sangha : N’oubliez pas que vous n’êtes pas seul, ni en ce moment ni dans cette vie. Qui pourrait vous aider à porter ce fardeau ? Y a-t-il quelqu’un que vous pouvez contacter aujourd’hui ? Y a-t-il une chose que vous pouvez confier à quelqu’un d’autre ? Pouvez-vous vous permettre de recevoir le soutien déjà disponible ? Pouvez-vous vous ouvrir au soutien du monde naturel ? Y a-t-il une chose que vous pouvez rencontrer avec plus de gentillesse en ce moment ?
Passez quelques instants assis tranquillement avec ces réflexions. Vous n’avez pas besoin d’arriver à des réponses. Remarquez simplement ce qui change lorsque vous arrêtez d’essayer de tout maintenir par vous-même.
