Zazen :
tendre le bâton qui réveille les énergies

Sous ce titre quelque peu provocateur, c’est d’un objet essentiel dans la pratique de la méditation zen dont il va ici être question, à savoir le « kyôsaku ».

Le « kyôsaku », kezako ? La définition généralement donnée du « kyôsaku » (ou keisaku) décrit un bâton de bois, plat, utilisé dans la pratique de zazen, la méditation assise sur le coussin, traditionnelle dans le zen. En Occident, il y est souvent fait référence sous différents vocables : « bâton d’éveil », « bâton de compassion » ou encore « bâton d’encouragement ». Dans l’iconographie illustrant des sessions de méditations zen, on le voit en général porté majestueusement, avec respect, par un religieux qui circule cérémonieusement entre les disciples, assis dans le temple ou le dojo, la salle de pratique. Il symbolise l’épée de sagesse du Bouddha Manjusri qui tranche la racine du samsara, à savoir l’ignorance. Le moine qui en a la charge pendant la méditation frappe, à la demande du pratiquant, un point précis situé entre l’épaule et le cou. Ce point, ainsi stimulé comme pendant une séance d’acupuncture, aide le pratiquant à se détendre ou relance ses énergies s’il somnole. Il est à noter que cette action ne se fait qu’à la demande du méditant. Tout est codifié. Si le pratiquant en ressent le besoin, il s’incline mains jointes, puis penche la tête à gauche et à droite, et attend que le moine responsable du zendo (le lieu où se déroule la pratique du zazen le voie et vienne lui appliquer les coups. Quand c’est fait, il s’incline de nouveau pour le remercier. Il peut arriver, mais c’est plus rare, que cette aide soit donnée à l’initiative du moine responsable du « kyôsaku » lorsqu’il perçoit des signes de fatigue chez un pratiquant. Dans ce cas, il lui touche légèrement l’épaule pour lui annoncer son intervention dont le but est de le ramener à une position juste du corps et de l’esprit.

De l’art de donner un coup de « kyôsaku »

Comme pour nombre d’autres aspects du bouddhisme zen, le « bâton d’éveil » trouve probablement son origine dans l’ancêtre du zen, le chan chinois. Ces deux courants regorgent d’histoires de maîtres frappant leurs disciples à coup de bâton pour les faire progresser sur le chemin de l’Éveil ! Mais c’est tout un art que de donner correctement un coup de « kyôsaku », et dans le cas d’un raté se pose toujours la question de l’intentionnalité… Les histoires traditionnelles de « kyôsaku » brisés sur des dos de pratiquants sont de notoriété publique. On comprend dès lors qu’il soit quelque peu décrié, particulièrement en Occident, qui ne goûte guère plus ce type d’éducation.

Le bouddhisme zen et le chan chinois regorgent d’histoires de maîtres frappant leurs disciples à coup de bâton pour les faire progresser sur le chemin de l’Éveil. Et ça marche !

De nos jours, le « kyôsaku » est de moins en moins présent dans les centres zen. Certains le regrettent, un peu à l’image de Maître Deshimaru, le « père » du zen en France, qui disait : « Ils ne comprennent pas que le « kyôsaku » arrache la souffrance à la source ». Et d’ajouter : « La civilisation moderne est dans l’erreur. Elle cherche à affaiblir l’être humain »… Mais il est vrai que Maître Deshimaru venait du Japon, où il avait reçu une éducation qui utilisait ces méthodes.

L’idéal serait certainement de parvenir à être son propre « kyôsaku » intérieur afin d’arriver sans l’aide de qui que ce soit à maintenir le corps et l’esprit en éveil, et à trancher la racine du samsara. L’épée de Manjusri aurait alors accompli sa tâche avec succès

Antony Boussemart Antony Boussemart est diplômé en japonais des Langues O. Pratiquant du bouddhisme vajrayana, il est également spécialiste des religions japonaises et travaille pour un centre de recherches spécialisé sur l’Asie. Il Lire +
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