©Maëlle Guignard de la Bigne

Yolaine de la Bigne :
« Les animaux nous enseignent la tolérance. »

La journaliste Yolaine de La Bigne est connue pour sa chronique quotidienne sur France-Info, « Quelle époque épique ! ». Très engagée dans la cause environnementale, elle a créé le média d’écologie positive Néoplanète avant de se consacrer aux intelligences animales avec deux événements (L’Université d’été de l’animal en Bretagne et la Journée mondiale des intelligences animales à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris la Villette), un site (www.lanimaletlhomme.com) et des livres, dont Les 12 Sagesses des animaux. S’inspirer des animaux pour vivre mieux. Entretien.

Une légende chinoise dit que quand le Bouddha prêcha à l’univers entier, seuls douze animaux répondirent au début à son appel : chat, tigre, etc. Vous parlez à leur propos de douze sagesses animales. Pouvez-vous commencer en nous présentant par le chat ?

Contrairement à nous, le chat est calme, il sait méditer, prendre son temps. Vivre sainement, respecter son corps, s’étirer au réveil, tous ces conseils de développement personnel feraient rigoler un chat, il sait cela par nature. Le chat ne fait quasiment rien, mais est très rarement malade, car il respecte son corps, se repose, mange ce dont il a besoin. Dire que nous devons prendre des cours pour manger en pleine conscience ! L’observation est valable pour beaucoup d’animaux d’ailleurs.

Un autre félidé, le tigre ?

C’est un animal qu’on n’a étudié jusqu’ici que dans un zoo, en « prison », on le connaît mal. Si vous observez l’humanité uniquement à Fresnes ou à La Santé, vous conclurez que l’être humain est agressif. Les tigres en captivité sont frustrés et potentiellement violents. Mais je trouve les tigresses incroyables : elles sont capables de se débrouiller absolument seules, d’accoucher et d’élever leurs petits en milieu hostile… La tigresse est un modèle pour toutes les mères.

La légende veut évidemment que le chien ait répondu présent au Bouddha. Quelles leçons peuvent nous apporter les canidés, chien et loup ?

De nombreux chiens sont des thérapeutes capables, en reniflant notre urine, de détecter un cancer ou de savoir dans quel état d’esprit et de santé on est. D’autres apportent un soutien psychologique aux soldats traumatisés, aux alcooliques, ils aident les personnes autistes à sortir de leur isolement…

Quant au loup, il symbolisait autrefois nos excès, il aurait été cruel, destructeur, mais c’est tout le contraire. Dans son livre La Sagesse des loups, Ellie-H. Radinger montre que les loups ne sont pas des tueurs, mais des parents au service de leur famille. Leur vie est ponctuée de rituels, réveil, retour de la chasse, etc., les bouddhistes savent l’importance des rituels. Or nous les avons oubliés alors qu’ils sont essentiels pour structurer notre identité, notre rapport à l’autre. Très altruiste, le loup est au service de sa meute, sa famille, il respecte les vieux, éduque avec fermeté et tendresse les petits. Ils jouent beaucoup, car c’est une forme d’apprentissage pour devenir autonome, gérer sa force, ne pas provoquer l’agressivité de l’autre, être un bon perdant. Des principes moraux que notre individualisme nous fait parfois oublier.

Il y avait aussi le cheval…

Un des animaux les plus martyrisés par les humains. Il nous a aidés à conquérir le monde, mais il l’a payé cher ! Les gens qui le montent considèrent encore trop souvent que le cheval est bête, qu’il faut lui faire violence pour qu’il obéisse. C’est stupide ! Il a une intelligence émotionnelle exceptionnelle. Il a la sagesse de la proie, il a appris à cerner les émotions des êtres qui s’approchent au loin, loup ou humain, pour savoir s’il faut fuir au triple galop ou non. À la façon dont on va vers lui, à notre voix, à l’énergie qu’on dégage, il devine notre état d’esprit. Il peut soigner nos blessures comme le montre le film Nevada de Laure de Clermont-Tonnerre, où un criminel est guéri de sa violence au contact d’un mustang.

« Nous fantasmons que les rats et les souris nous envahissent, or le rat ne fait de petits qu’après avoir étudié le terrain, il lui faut de quoi se nourrir, boire, se cacher, et pas de bébés si ces conditions ne sont pas remplies. Les chauves-souris vont jusqu’à choisir d’avorter. »

Il a aussi la sagesse de ne pas mentir. Quand on les voit entre eux, les chevaux se disent tout, ils se parlent beaucoup. Mentir est un truc d’humains qui nécessite beaucoup d’énergie, mais c’est une stratégie à court terme, qui ne mène à rien.

Enfin, les chevaux sont pacifistes. Dans un troupeau, on a besoin de tous et on ne s’entretue jamais. Les mâles peuvent s’affronter pour le pouvoir ou une femelle, mais le moins fort aura l’intelligence d’interrompre le combat : il a perdu la bataille, mais il a gagné en tranquillité. Le plus fort sera à sa place et la cohésion du troupeau sera maintenue.

Le cochon ?

Il a été réduit à une image négative pour qu’on puisse manger du saucisson sans remords. Le cochon n’est pas sale par exemple. Dans la nature, les sangliers ont des espaces pour dormir, d’autres pour déféquer, d’autres pour manger. Mais en élevage intensif, ils font tout au même endroit.

On raconte qu’ils sont méchants et qu’il faut les castrer, c’est faux. Ils ont une vie de famille matriarcale, jusqu’à cinq truies, avec tous leurs petits. Ils se reconnaissent individuellement, différencient leurs frères et sœurs sur des photos. Ils sont même meilleurs en jeux vidéo que les singes ! Et j’adore cette histoire : aux États-Unis, une petite truie de compagnie, voyant sa maîtresse frappée d’une crise cardiaque, est sortie sur la route pour obliger les voitures à s’arrêter et amener un conducteur jusqu’à sa maîtresse pour qu’il appelle les secours. Elle lui a sauvé la vie.

Le coq, et plus largement les oiseaux, souffrent aussi…

On a toujours pensé que les oiseaux étaient idiots, on découvre leur intelligence. Un exemple : certains oisillons, encore dans l’œuf, parlent avec leurs parents et peuvent retarder leur éclosion en fonction d’un danger.

Symboliquement, j’aime l’histoire de la mue. Elle nous rappelle les retraites, ces moments où on a besoin de retrouver la solitude, tout ce que notre société ne nous donne plus. Il faut savoir être seul, faire le calme en soi, apprivoiser la solitude. Les oiseaux savent faire ça, ils perdent leurs plumes, deviennent fragiles, se font discrets, attendent pour redevenir plus forts. 

Yolaine de la Bigne
©Maëlle Guignard de la Bigne

Le singe a-t-il quelque chose à nous apprendre ?

Il est celui qui nous ressemble le plus et a donc été le plus étudié. Il nous interroge sur notre ego, notre drame d’humain, qui nous rend malheureux et nous pousse à nous entretuer. On peut choisir d’être un bonobo, pacifiste, jouisseur (une relation sexuelle toutes les 90 minutes !), végétarien… Ou un chimpanzé, omnivore qui adore la viande, violent, capable de massacrer les autres. Bonobos et chimpanzés incarnent deux versants de l’être humain. À nous de choisir.

Le rat et la souris ?

Rat et souris sont aussi mal aimés que fascinants. Par exemple, ils ont la sagesse de réguler leur population. Nous fantasmons qu’ils nous envahissent, or le rat ne fait de petits qu’après avoir étudié le terrain, il lui faut de quoi se nourrir, boire, se cacher, et pas de bébés si ces conditions ne sont pas remplies. Les chauves-souris vont jusqu’à choisir d’avorter.

Les bovins ?

Comme tous les animaux d’élevage, la vache n’est pas très étudiée. Or on sait qu’elle a une vie sociale riche. Symboliquement, je la vois comme l’apothéose de la générosité qui ne se révolte pas malgré tout ce qu’on lui fait. Et je pense aux buffles sauvages, les mâles qui se mettent en cercles face au prédateur, pour protéger par compassion les vulnérables, vieux, blessés, petits et femelles. Ils ont tant à nous apprendre…

Un mouton, ou une chèvre, a aussi répondu à l’appel du Bouddha…

Les moutons sont vus comme idiots, mais ils ont un leader qu’ils suivent et une vie sociale très intense. Ils incarnent l’intelligence collective. Chez les oiseaux comme chez les moutons, le groupe est un collectif intelligent, alors que la foule humaine peut devenir dangereuse et stupide.

Que vous inspire le serpent ?

C’est un animal génial ! Il fait peur, on l’a toujours massacré, et on commence juste à l’étudier. On découvre que comme les bébés oiseaux, les bébés serpents se parlent entre eux dans l’œuf. Les serpents se sont adaptés à tous les climats. Dire qu’on en a fait le symbole du démon tentateur !

Et enfin, le dragon. Que représente-t-il pour vous ?

C’est le symbole de la nature, puissant et terrifiant par ses débordements, tout en étant empli de sagesse, de force, d’énergie et surtout d’inconnu. On ne connaîtra jamais la nature. Mais il est une chose que l’on entrevoit à l’étudier : c’est la tolérance, une des valeurs les plus courantes dans la nature, qui se caractérise par le foisonnement et la diversité. Chez les animaux, tout est possible, rien n’est interdit. Si nous obéissons à des éthiques qui correspondent à des époques, des religions ou des philosophies, l’animal est profondément moral.

Laurent Testot Journaliste, formateur et guide-conférencier en histoire globale/mondiale, passionné par une approche comparée des religions, inquiet pour la santé de notre planète, il s’emploie à faire de l’écriture de l’histoire un Lire +

Notes

Photo d’ouverture : Yolaine de la Bigne avec Harry (©Maëlle Guignard de la Bigne)

Pour aller plus loin

À lire:

Les 12 Sagesses des animaux. S’inspirer des animaux pour vivre mieux de Yolaine de la Bigne (Leduc.s Éditions, 2019)
Les 12 Sagesses des arbres de Vincent Karche (Leduc.s Éditions, 2019)
La Sagesse des loups d’Ellie-H. Radinger – traduction Didier Debord (Guy Trédanie, 2018)

 

Site :

www.lanimaletlhomme.com

Bouddha et coq
©Laurent Testot
Bouddha et dragon
©Laurent Testot
Bouddha et buffle
©Laurent Testot
Bouddha et cheval
©Laurent Testot
Bouddha et chèvre
©Laurent Testot
Bouddha et chien
©Laurent Testot
Bouddha et lapin
©Laurent Testot
Bouddha et porc
©Laurent Testot
Bouddha et rat
©Laurent Testot
Bouddha et serpent
©Laurent Testot
Bouddha et singe
©Laurent Testot
Bouddha et tigre
©Laurent Testot
Liker, Partager !

Ces sujets peuvent vous intéresser

Bruno Lallement : « Plus on s’engage dans des pratiques spirituelles, plus on comprend que tout est...

Formateur, conférencier, spécialiste des pratiques méditatives, Bruno Lallement a formé de nombreuses personnes à sa méthode...

Luca Governatori : voyage intérieur du bouddhisme tibétain aux profondeurs de la psyché de Jung

Imprégné de bouddhisme, il a su tirer du Livre rouge de Jung une sagesse de l’incandescence qu’il révèle dans son dernier...

Jean-Louis Pelofi : Ne pas mélanger bouddhisme et psychothérapie

Psychothérapeute clinicien et bouddhiste marseillais, Jean-Louis Pelofi souligne l’importance de ne pas confondre le psychique et le...