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Une méditation sur l’image du Bouddha

Quand vous méditez chez vous en vous concentrant sur une statue, à l’extérieur à l’aide de votre smartphone ou bien encore dans un musée, les images du Bouddha évoquent soit son existence terrestre, soit un aspect de sa présence symbolique.

Le bouddhisme ne repose pas d’abord sur une histoire singulière – comme celle du Christ qui, de sa naissance à sa crucifixion, s’est inscrit dans notre temporalité -, mais sur la figure de son fondateur. Les artistes se sont très peu attachés à représenter la vie du Bouddha, ils ont d’abord tenté de donner une image de sa présence. Le Bouddha est d’abord et avant tout celui qui est venu sur Terre pour rappeler à l’homme la nécessité d’habiter le présent vivant. La plupart de nos pensées et de nos actions nous coupent de notre véritable séjour et sont autant de divertissements et d’égarements. Le Bouddha s’est assis sous un arbre pour pratiquer la méditation. Il a pourfendu la confusion et s’est réapproprié son corps, son cœur et son esprit, découvrant ainsi leur magnifique dignité.

C’est son principal message. Il n’a pas pris une ride. Les artistes de tous les pays et de tous les temps se sont attachés à montrer cette qualité d’être, convaincus qu’elle réside en chacun de nous sous une forme plus ou moins latente. L’Éveil n’est pas un état divin, impossible à atteindre, mais le verso de toute expérience qu’il nous faut apprendre à reconnaître. Marcher dans les pas du Bouddha consiste simplement à permettre à cette dimension de s’épanouir comme une fleur qui déploie spontanément ses pétales.

Cette perfection du Bienheureux a été traduite en termes métaphoriques et plastiques, donnant naissance à une réflexion d’une extraordinaire profondeur sur le sens du symbolisme. Le Bouddha se rencontre au premier chef dans la rencontre que l’homme peut faire avec lui – et d’abord par la pratique spirituelle.

Le Bouddha dans tous ses états

La biographie du Bouddha, tout en respectant un schéma narratif, n’est pas un récit de la vie d’un homme particulier. Peu d’épisodes de sa vie sont représentés et ce sont toujours les mêmes. Ils sont autant d’occasions de présenter un autre aspect de l’enseignement. Les représentations de la vie du Bouddha ne cherchent pas à saisir la vérité historique. Elles tentent de faire comprendre la voie spirituelle que cet homme a révélée à l’humanité. On sait aujourd’hui que le Bouddha n’est pas né dans un magnifique royaume. Il n’est pas le fils d’un grand monarque et n’a pas vécu dans l’opulence et l’oisiveté. Il était le fils d’un modeste hobereau rattaché au clan des Gautama. Il dut connaître une jeunesse rude, exposée à de multiples dangers. Mais peu importe. Ce que les artistes de tous les pays et de tous les temps ont cherché à montrer, c’est la merveille de son renoncement et la gloire d’un tel geste.

L’Éveil n’est pas un état divin, impossible à atteindre, mais le verso de toute expérience qu’il nous faut apprendre à reconnaître.

Si les premières représentations du Bouddha se concentrent sur les épisodes centraux de sa vie, peu à peu, et particulièrement dans les régions situées au nord de l’Asie, elles nous le montrent comme un personnage céleste qui se manifeste sous autant de visages que l’Éveil à d’aspects. Il existe ainsi plusieurs Bouddhas qui ont chacun une couleur, des gestes et des symboles différents, qui incarnent des manifestations particulières de l’Éveil. Certains révèlent sa compassion, d’autres la clarté de sa compréhension, d’autre encore le courage de son activité. Certains sont paisibles, d’autres courroucés ; certains ont une forme masculine, d’autres féminine… On assiste ainsi à un déploiement extraordinaire de Bouddhas. C’est à les découvrir que vous êtes à présent invité.

Le bouddhisme a su s’adapter dans les différents pays où il s’est implanté. On parle ainsi, à juste titre, d’un bouddhisme japonais, thaïlandais, chinois ou tibétain. Si cette tradition a une visée universelle invitant chacun – quels que soient son statut social ou les conditions de sa naissance – à entrer dans la Voie, cette visée a su respecter et célébrer le terreau traditionnel qu’elle a, chaque fois, rencontré. Aussi la représentation du Bouddha et l’entente de son enseignement a pris des accents bien différents selon les pays.

Découvrir l’art bouddhiste, c’est se confronter tout aussi bien à l’extraordinaire mandala d’une complexité stupéfiante qu’est Borobudur (Indonésie) qu’à un jardin zen (Japon) d’une sobriété émouvante. Il est fascinant de constater comment ces formes aussi différentes sont pourtant toutes fidèles à la même doctrine

Fabrice Midal Fabrice Midal est philosophe à la manière des penseurs de la Grèce antique, pour qui la philosophie était d’abord un art concret du mieux-vivre au quotidien. Il est également l’un des principaux enseignants de la méditation Lire +

Notes

Extrait du son ouvrage Le bouddhisme à travers 100 chefs-d’œuvre (Presses de la Renaissance, 2007) 

N.B. : La photo d’ouverture de l’article n’est pas tirée du livre de Fabrice Midal.

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