©Gilles Laparre

Sri Lanka :
le légendaire Temple de la Dent

Visite d’un lieu de pèlerinage sacré des bouddhistes du monde entier.

Considéré comme le second berceau historique du bouddhisme, le Sri Lanka possède l’une des reliques (cf. encadré) les plus vénérées du Bouddha dans le monde : une dent de l’Éveillé. Arrivé dans l’île au IIIe siècle avant J.-C., le bouddhisme s’y est transmis de génération en génération de moines Theravada en conservant la parole du Bouddha, telle qu’elle fut rapportée et transmise de son vivant. Au cours des siècles, pour maintenir cette religion dans le pays, les rois favorisèrent l’organisation de cérémonies grandioses autour de la relique du Bouddha, comme celle de la fête Perahera. Le reste du temps, des cultes lui sont rendus au Sri Dalada Maligawa, le Temple de la Dent à Kandy, où elle est conservée. Des visiteurs du monde entier s’y pressent pour la vénérer.

Le Sri Dalada Maligawa, le Temple de la Dent

De loin, en arrivant à Kandy, on ne voit que lui. Un Bouddha géant dont la blancheur immaculée tranche dans le foisonnement des couleurs de la végétation luxuriante et des arbres en fleurs qui l’entourent. À ses pieds, au cœur de la cité sacrée, le Temple de la Dent abrite une relique du Bouddha, recueillie sur son bûcher funéraire.

Ancienne capitale du pays, Kandy est restée, aux yeux des Sri-Lankais, celle du bouddhisme. La ville est joyeusement bruyante. Circulation erratique, tuk-tuks exaspérants, piétons inconscients… Les voitures sont condamnées à slalomer. Hassy, mon guide, a l'habitude. En fin de journée, le temple est toujours très fréquenté. « Les fidèles viennent de toute l’île pour se recueillir. Pour les bouddhistes, c’est un lieu de pèlerinage sacré. » En quelques coups de volant, il me dépose à l'entrée de l'avenue qui mène au sanctuaire. Des milliers de drapeaux à prières chatoyants balisent le chemin. Le vent les caresse en dispersant jusqu’aux cieux leurs messages de bienveillance.

Pour un croyant, chaque visite est un pèlerinage

La file d'attente pour pénétrer à l’intérieur du temple est interminable. Touristes et fidèles se mélangent en harmonie. Dans un coin, des enfants se gavent de papadams, des chips de banane, qu’ils arrosent de sirop de canne. Un groupe de moines, robe safran et parapluie violet, tente d'éviter le soleil sur leur crâne rasé. Des vendeuses de fleurs se relaient pour proposer leurs bouquets bleus d'hibiscus ou blancs de fleur de frangipanier. Une meute de macaques sème la pagaille en menaçant de chiper tout ce qui passe à leur portée. Un éléphant, harnaché comme s'il allait au cirque, est photographié moyennant quelques roupies par les touristes. Quand on approche de l’entrée, des bâtonnets d'encens dégagent une senteur enivrante. Chaque pas rapproche les fidèles de ce qu’ils sont venus chercher : une force spirituelle, palpable ici, et transmise grâce aux quatre vertus du bouddhisme : la bonté, la compassion, la joie et la sérénité.

« Les reliques du bouddha sont également un lien avec notre histoire personnelle et familiale. Les vénérer procure du bonheur dans ce monde terre-à-terre et promet la félicité dans le monde de l'au-delà. »

Le Dalada Maligawa est situé dans l’ancien Palais de Kandy, où vécurent la plupart des rois de Ceylan. L’édifice de bois se dresse sur deux niveaux distribués autour d'une cour intérieure. Son toit est décoré de centaines de lotus dorés. Face à la bibliothèque dédiée au bouddhisme, un musée retrace la vie du Bouddha : l'histoire de la dent y est racontée en peinture. Quand le Bouddha fut incinéré à Kushinagar, après son parinirvana (1), une partie de son squelette fut sauvée des cendres : les os du front, les clavicules et quatre dents. Ses proches disciples les partagèrent en huit parts, qu’ils offrirent aux huit royaumes que comptait la région à l’époque. À charge pour eux de bâtir des stupas pour les abriter. La canine gauche du Bouddha fut confiée à la princesse Hemamali. Pour éviter qu’on ne la lui dérobe avant qu’elle n’atteigne son royaume de Kalinda, en Inde du Sud, elle la cacha dans sa chevelure. Mais, à peine arrivée, le pays étant en guerre, son père, le roi Brahmadatta, lui demanda de poursuivre son voyage et d’escorter la dent jusqu'à Ceylan, une terre alliée plus tranquille. L’histoire de la relique connut ensuite plusieurs rebondissements et se perd un peu jusqu’à ce qu’au XVIe siècle les bouddhistes cinghalais construisent le Temple de la Dent, le Sri Dalada Maligawa, pour l'accueillir définitivement à Kandy, dans l'enceinte du Palais Royal. Aujourd’hui, le lieu est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

©Gilles Laparre

Voir la relique pour se rapprocher au plus près de Bouddha

Hassy me retrouve à l’intérieur du temple. Il a troqué son tee-shirt noir, la couleur de l'ombre, pour une tenue traditionnelle blanche, symbole de la lumière. Les cérémonies autour de la dent du Bouddha ont lieu trois fois par jour, à l'aube, à midi et au crépuscule. Il est 19h. Le soir tombe brutalement dans un concert de cris des macaques. Le lieu invite à la sérénité et à la contemplation. Les fleurs omniprésentes dégagent des parfums qui saturent l'air ambiant. Une foule dense se presse à l'entrée de la pièce sacrée où se trouve la dent. Le Palais se transforme en hammam. L'escalier est bondé, les fidèles montent en psalmodiant des chants de prière. Arrivés près de la relique, soudain, des dizaines de bras se prolongent de téléphones portables et d'appareils photo. Les visiteurs tentent de l'apercevoir et de capturer le moment, en vain. Car le comble est que l’on ne voit quasiment jamais cette précieuse dent ! Elle est contenue dans six coffrets en or, agencés en poupées russes. Arrivé devant le reliquaire, Hassy a à peine déposé son offrande que deux moines le prient avec insistance de circuler pour laisser la place aux fidèles qui nous suivent. De retour dans la rue, Hassy m’explique que la dent n’est en réalité montrée au public qu’une fois par an, au cours d’une cérémonie grandiose, l'Esala Perahera. Pendant dix jours de processions nocturnes, son reliquaire est porté sur le dos d’un éléphant sacré caparaçonné d'or. Des milliers de pèlerins venus du monde entier assistent à ces célébrations. Prochaine Esala : juillet 2020.

« Dans un territoire baigné par le bouddhisme, posséder une dent de Bouddha, c'était détenir le pouvoir sur le pays », m’explique Hassy à la sortie du Temple. En allumant une lanterne à l'huile de coco, il rajoute : « Les reliques du bouddha sont également un lien avec notre histoire personnelle et familiale. Les vénérer procure du bonheur dans ce monde terre-à-terre et promet la félicité dans le monde de l'au-delà ». Éclairé par la lumière vacillante de sa lanterne, il ferme les yeux. Le moment est empreint de sérénité, la foi d’Hassy contagieuse. La visite s’achève. Nous regagnons la voiture. Dans la cité majestueuse, la circulation s’est enfin calmée.

Gilles Laparre Journaliste, scénariste, réalisateur. Insatiable voyageur, curieux de la marche du monde et toujours en quête d’inspiration et de spiritualité. Lire +

Notes

(1) Au moment de sa mort, à l’âge de 80 ans, le Bouddha réalisa le Parinirvana. Avant d’y entrer, il demanda à trois reprises à ses disciples s’ils avaient encore des questions à lui poser. Personne ne répondant, il leur parla une dernière fois : « Soyez vos propres flambeaux, prenez pour flambeau la Doctrine, ne prenez pas d’autre flambeau, prenez refuge en vous-même, prenez refuge en la Doctrine, ne prenez pas d’autre refuge ». Tel est son ultime message. Puis, il entra dans le Parinirvana : cet Éveil complet qui manifeste la fin de ses renaissances dans le cycle des existences, le nirvaṇa se réalisant, quant à lui, au cours de la vie.

Pour aller plus loin

– L’Harmattan édite une collection très complète de livres et récits sur le Sri Lanka.
Lien vers son catalogue : www.editions-harmattan.fr

– Site officiel du Sri Lanka : www.srilanka.travel/fr

– Une étude particulièrement documentée sur l’histoire de la relique de la dent : www.persee.fr

Les reliques du Bouddha à la Grande Pagode de Vincennes

Les Fêtes autour des reliques du Bouddha existent dans la plupart des pays bouddhistes du fait même de la répartition de celles-ci après l’incinération de Sakyamuni. Quelle que soit leur authenticité, leur vénération a été d’une importance considérable dans la propagation et le maintien de la tradition bouddhiste depuis la mort du Bouddha en Asie. La France détient également l’une de ces reliques à la Pagode de Vincennes : il s’agit de résidus se présentant sous la forme de cristaux et renfermés dans une urne funéraire transparente. Ces reliques ont été offertes par la Thaïlande à la France en 2009 et sont conservées à la Grande Pagode de Vincennes, haut lieu spirituel du bouddhisme en France qui compte la plus grande diversité de communautés bouddhistes en Europe. Les reliques ont vocation à voyager dans les autres pays de la communauté.

G.L.

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