©Pauline Garaude

Pascale Dumont :
l’école, la guérison, la Terre : un chemin de pleine conscience

Au Portugal, où elle s'investit dans l'agroforesterie depuis quatre ans, Pascale Dumont poursuit sa voie bouddhiste avec la « Terre Mère ». La continuité d'un chemin guidé depuis plus de quinze ans par la pleine conscience que cette disciple du maître zen Thich Nath Hahn a exercée d’abord dans les écoles, puis pour guérir d'une grave maladie.

Au Sud de Lisbonne, au cœur d’une nature restée sauvage, les forêts de pins et de chênes liège s’offrent à nous de colline en colline, le long d’une route sinueuse que Pascale et son compagnon Antonio sillonnent dans leur pick-up des années 90. Leur voiture s’engage sur un chemin de terre, traverse une végétation dense et se gare : c’est ici, en pleine pampa, que Pascale a élu domicile pour suivre sa voie bouddhiste avec la « Mère nourricière ». Un terrain de quatre hectares avec des vergers en terrasse, des potagers et des friches. Là, le « hangar » abritant la cuisine et le salon, et une « Ker Terre » (maison en terre de tradition bretonne) chauffée au bois, où ils ont leur chambre. Ailleurs, une yourte pour la méditation et une douche extérieure chauffée à l’énergie solaire en guise de salle de bain. Sexagénaire à la silhouette athlétique, aux yeux bleus pétillants et aux cheveux courts, Pascale est pleine d’entrain. Et pourtant, elle revient de loin… « Je poursuis ici, avec la Terre, mon chemin de guérison. C’est ma nouvelle voie », dit-elle en ramassant des fougères qui lui servent à recouvrir les sols. Et en riant aussi. Mais son rire n’émet qu’un faible son. Comme sa voix.

Méditer pour guérir

En 2009, suite à une opération ratée de nodules à la thyroïde, Pascale perd sa voix. Un choc pour elle qui fut dans une chorale pendant des années ! C’est dans les enseignements de Thay, auxquels elle a été initiée en 2004, qu’elle trouve la force de guérir. Elle se souvient : « Quand je me suis réveillée en bloc opératoire, je ne pouvais plus respirer, plus parler ; j’avais perdu ma voix. Je voyais tout le monde s’agiter autour de moi. Je me suis dit : « Tu n’as pas le choix : médite ! » Avec son fils Paul, qui allait être ordonné moine par Thay à l’âge de vingt ans, elle partage par téléphone les gathas du monastère (ces petits poèmes écrits pour tous les instants de la vie quotidienne, qui ont pour but de ramener à la conscience du moment présent), en les adaptant à sa situation de retraite hospitalière. « J’inspire et je suis consciente de marcher main dans la main avec le pied de ma perfusion. J’expire et je me réjouis de cette perfusion qui, pour l’instant, me nourrit. »

Adapter les enseignements bouddhistes aux situations du quotidien, telle est la force véritable de la spiritualité aux yeux de Pascale. Ayant perdu l’appétit, elle mange en pleine conscience et parvient à s’alimenter. Quand elle marche dans le couloir, elle puise sa force dans la visualisation. « Je m’imaginais accompagnée de la communauté comme lors de nos marches méditatives au Village des Pruniers. Chaque pas en pleine conscience me permettait de dépasser les remarques maladroites du chirurgien. »

De nature positive et battante, Pascale transforme ce tragique événement : « Je réalise que chaque instant passé avec mon souffle me met dans un contact plus profond avec la vie. Et si c’était une opportunité incroyable pour me consacrer à temps complet à ma guérison, pas seulement physique, mais mentale et spirituelle ? » Quand elle raconte cela, pas la moindre tristesse. Au contraire, elle rit et, parfois, des sons fusent !

Dans son chemin de guérison, Pascale est allée à la rencontre de guérisseurs et de chamans en Asie et au Brésil. Là où elle a revu Antonio qu’elle avait rencontré aux Pruniers. Ordonné moine, il a rendu sa robe marron pour continuer sa pratique de pleine conscience en lien avec la nature, plus concrètement encore.

Pascale debout dans la yourte en train de prendre l'énergie de la lumière
©Pauline Garaude

« La Terre et moi, on ne fait qu’un. »

« Faire un nid pour accueillir une nouvelle plante, çà nourrit la mère en moi. La Terre et moi, on ne fait qu’un et on se nourrit mutuellement », dit-elle d’une voix attendrie alors qu’elle tapisse délicatement la terre d’un lit de feuilles et de fougères pour reconstituer un sol similaire à celui d’une forêt. À son rythme, Pascale n’arrête pas une seule seconde. Le nouveau job de celle qui fut jusqu’en 2001 chef de projet informatique dans une banque à la Défense, c’est la Terre ! Levée à 5h30 pour une heure de méditation, puis de Qi Gong et d’exercices sur un trampoline, elle avale ensuite un bon petit déjeuner, enfile des bottes, une paire de gants, se munit de son râteau, d’un sécateur, et c’est parti ! Elle découpe des branchages pour que ce soit plus « digeste » pour la Terre, ramasse des feuilles, trie les déchets organiques, explique aux plantes et aux arbres ce qu’elle fait…

« Je réalise que chaque instant passé avec mon souffle me met dans un contact plus profond avec la vie. Et si c’était une opportunité incroyable pour me consacrer à temps complet à ma guérison, pas seulement physique, mais mentale et spirituelle ? »

« C’est ma pratique de l’Inter-Être avec les quatorze entraînements que j’ai directement reçus de Thay en 2012 », poursuit-elle, précisant que le Bouddha était l’un des premiers écologistes de ce monde et que Thay martelait : « Le défi du XXIe sera d’entendre le cri de la Terre à l’intérieur de soi ». Avec Antonio, ils suivent une formation en agroforesterie participent à un événement national dont l’objectif est le rapprochement d’initiatives dédiées à la régénération des écosystèmes, soutiennent une coopérative destinée à poser les bases d’un nouveau système économique basé sur la coopération, l’autogestion, la décroissance et les relations de proximité. Fondé en 1966 par Thay dans la tradition Zen Linji, l’Ordre de l’Inter-Être est une communauté de monastiques et de laïcs qui se sont engagés à vivre leur vie en accord avec les quatorze entraînements à la pleine conscience – un approfondissement des enseignements de Bodhisattva du bouddhisme Mahayana. La vie même qu’a choisie Pascale, comme un message aussi : « À travers mon engagement dans l’agroforesterie et mon choix de vie, je souhaite transmettre autour de moi, à mes enfants et petits-enfants, cette pleine conscience de la Nature ». Une résonance évidente avec la pensée de Thay : « Chacun d’entre nous peut agir pour protéger notre planète et en prendre soin. Notre manière de vivre doit garantir l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. Notre manière de vivre sera notre message ».

La pleine conscience expliquée aux enfants

Un message que Pascale a d’abord adressé à la jeunesse. À peine avait-elle découvert le bouddhisme qu’elle a senti la nécessité d’expérimenter les outils de la pleine conscience aurprès des enfants dont elle avait la charge. « Après avoir lu une revue bouddhiste chez mon frère en 2003, j’ai pratiqué au centre Zen Soto de Paris, puis j’ai entendu parler de Thay et suis allée au Village. Là, j’ai su que le bouddhisme allait être ma voie, cela faisait sens avec mes valeurs. Mes enfants étaient dans des écoles alternatives, j’ai voulu venir en aide aux profils difficiles », se souvient-elle. En 2004, trois ans après avoir quitté les tours de la Défense, elle enseigne dans des zones d’éducation prioritaire, en primaire à Nanterre. Sur les temps de pause, elle prend en charge les élèves les plus « difficiles ». Les résultats sont flagrants ! « J’en avais qui s’insultaient en cours et lançaient des chaises à travers la classe ! D’autres qui se bagarraient très violemment. J’ai proposé des moments de partage durant lesquels chacun a pu exprimer sa colère et écrire sur un « cahier de la paix » ce dont il aurait besoin pour se sentir mieux. Des pratiques qui aident à se distancer des émotions et à changer de disque mental. Ces élèves n’avaient jamais pu vraiment parler ni être écoutés. Ils ignoraient leurs qualités et leur ressort. Pendant nos séances, voyant que ni moi ni leurs camarades ne les jugions, ils ont développé l’estime d’eux-mêmes et ont changé ». Là encore, les mots de Thay (« Les enseignants ont un rôle clé dans la transmission de la pleine conscience ») résonnent chez Pascale, qui depuis quinze ans, à travers l’éducation, la guérison et la Terre, suit ce même fil rouge de la spiritualité.

Pauline Garaude Journaliste reporter indépendante, spécialiste de l’Inde et l’Asie du Sud (auteur de L’Inde aux éditions La Découverte), elle couvre les sujets de société, d’économie, d’environnement et les zones de confits. Lire +

Pour aller plus loin

Virage à 37°. Récit d’une folle guérison de Pascale Dumont (Édilivre, 2017)
Dans cet ouvrage, Pascale Dumont raconte comment la méditation et la pleine conscience l’ont aidée à guérir.

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