©Pauline Garaude

Nathalie Decoster :
sculptrice du sens

Artiste française de renommée mondiale, Nathalie Decoster, adepte de la méditation et sensible aux valeurs bouddhistes, fascine par ses sculptures monumentales à la Giacometti, empreintes de matière, et souvent inscrites dans un cercle. Tel est son « messager », icône de son art qu'elle définit comme « un cheminement spirituel ».

Une chevelure blonde et volumineuse, un regard profond et une voix affirmée, une prestance qui en impose : Nathalie Decoster laisse d’emblée paraître une personnalité forte. Et douce aussi, avec un sourire qui traduit même une certaine fragilité. Ce dont elle ne se cache pas puisque la fragilité est l’un des thèmes de prédilection de son art « humaniste et spirituel ».

Le messager, porteur de messages spirituels

« La spiritualité est centrale dans mon univers et aborde la condition humaine. C’est pour cela que l’on trouve systématiquement une représentation de l’homme dans mes sculptures, toujours brutes. Ce sont des messagers universels, petits ou monumentaux, permettant à chacun de s’identifier facilement. Toujours inclus dans une forme géométrique, cercle, carré, cube, mobile parfois… Ce fidèle messager explore notre condition humaine et cherche à nous donner un code d’accès pour nous guider dans une quête de sérénité », expose Nathalie, qui précise que ce messager qui est chacun de nous est là pour transmettre des valeurs clés : la conscience du temps présent, la fragilité, le lâcher-prise, la tolérance, l’acceptation….

Autant de notions qu’elle a approfondies avec la méditation et le bouddhisme. « Je médite depuis plus de dix ans dans différentes lignées bouddhistes. J’aime expérimenter différentes approches, car cela nourrit davantage mon être et ma démarche artistique. » Bouddhisme tibétain, Theravada, Zen, l’important pour elle est avant tout de méditer : « J’en ai absolument besoin pour me vider et me ressourcer. La création demande beaucoup d’énergie », poursuit-elle tout en allant chercher un cahier de croquis dans une pièce de son bel atelier proche de Paris. Alors qu’elle dessine son messager (un homme aux jambes immenses et sans bras, faisant un grand pas), elle explique le sens de Frailty Cube, une sculpture cubique qui dévoile le messager à l’intérieur d’une grande structure cubique : « Nous pourrions supposer que ce cube monumental protège l’homme, mais c’est un mirage puisqu’en réalité le vent passe à travers… L’homme est confronté à ses fragilités. Il ne peut y échapper. La méditation apprend à accepter et à accueillir nos failles à les dépasser en posant un autre regard. Mon art exprime cette fragilité et vise à la transcender ».

La conscience du moment présent

S’il est un thème encore plus récurrent dans son art, c’est le temps. Le temps qui passe – son messager dans un cercle – est d’ailleurs sa sculpture iconique, sa « signature » et son logo. Passant de temps à autre sa main dans sa belle chevelure, Nathalie, rêveuse, poursuit : « C’est une vision positive du temps qui passe nous permettant d’accéder à la sagesse. La prise de conscience permet de prendre de la distance sur les choses, de mieux les ressentir. Et cela, on le réalise avec le temps ». La méditation a été pour elle essentielle dans son chemin sur cette notion du « temps présent », lui permettant de développer « la présence à soi » et la « pleine conscience de l’ici et maintenant ». « Cela se ressent dans mes sculptures, plus ancrées, plus abouties. Elles me reflètent ! », lâche-t-elle dans un éclat de rire si spontané, se souvenant que petite, elle « avait un problème avec le temps, et étais toujours en retard. »

« Le comble, c’est courir pour avoir du temps libre ! », poursuit-elle, d’un léger haussement d’épaules, trouvant cela absurde et l’ayant réalisé grâce à la méditation. Apprenant également à s’accorder du temps. « Dans mon agenda, je me note des rendez-vous avec moi-même. » Cela lui rappelle le rituel du maître Thich Nath Hanh, qui, chaque heure, sonne la minute de silence, de retour et d’écoute à soi. « Cela m’aide à me recentrer, à retrouver ma concentration quand je crée ».

« L’homme est confronté à ses fragilités. Il ne peut y échapper. La méditation apprend à accepter et à accueillir nos failles à les dépasser en posant un autre regard. Mon art exprime cette fragilité et vise à la transcender ».

Son œuvre Eole, symbolise avec ses palmes au vent, les aléas de la vie et du mental qui a du mal à se « poser » dans l’instant présent. « J’ai voulu montrer l’angoisse de l’avenir que nous avons en nous accrochant à nos peurs, à notre passé qui nous fait projeter négativement l’avenir. Je veux apprendre aux gens à justement saisir l’instant présent pour libérer le mental de ces parasites. » Abordées sous tant d’aspects, les œuvres de cette artiste sont pour celui qui les regarde, autant de questionnements de l’être humain par rapport au temps.

Retrouver l’enfant qui est en nous

Ce cheminement, Nathalie répète souvent qu’elle a pu le faire en développant une autre valeur clé via la méditation : le lâcher-prise, « sans lequel il ne pourrait y avoir d’acceptation de ce qui est ici et maintenant. C’est, pour moi, le pivot sur lequel tout le reste s’articule. » Comme l’illustre Frailty 2 représentant le messager à l’intérieur d’un cercle ou d’un carré, suspendu par un fil ou par les genoux sur une barre, « en suspension dans l’espace, le messager symbolise un moment de lâcher prise qui conduit à la paix. »

Pas une seule de ses sculptures ne porte pas de message. Les prochains seront liés à son cheminement intérieur. « Je suis mon feeling et ce qui m’est révélé par la méditation. Là, j’ai envie d’aller explorer la partie d’enfant qui est en nous. Savoir être un peu plus léger par moment, retrouver son innocence, sa spontanéité. » Elle a déjà entamé ce travail avec Culbuto, une figure humaine en équilibre sur une demi-boule. « En chacun de nous sommeille un enfant, apprenons à l’écouter », explique-t-elle, précisant que le sens de cette œuvre renvoie aussi à « l’enfant intérieur » auquel Thich Nath Hanh fait souvent référence.

D’une nature fougueuse, Nathalie a besoin de créer pour canaliser son énergie. Et de se ressourcer seule, au moins une fois par an en pleine nature. « Si je ne me reconnecte pas à la nature, je pète un câble ! C’est vital pour mon être comme pour mon art », admet-elle. Quand elle le peut, elle va dans un lieu de retraite en forêt amazonienne au Brésil. Sinon, elle a ses habitudes en Ardèche, au monastère Bodhinyanarama de Tournon-sur-Rhône, lié à la tradition des moines de la Forêt de Thaïlande (lignée d’Ajahn Chah) « Là, je fais un vipassana. C’est très dur les premiers jours, mais cette rigueur et le dépassement de son ego sont indispensables quand on est artiste. » Dessinant un croquis de façon spontanée dans son cahier, Nathalie marque un temps et conclut : « J’ai une sérénité et une solidité qui se sont ancrées avec la sculpture ».

Pour aller plus loin

www.nathaliedecoster.com

Culbuto. En chacun de nous sommeille un enfant. Apprenons aussi à l'écouter
©Pauline Garaude
Fraity Cube. Un moment de méditation
©Pauline Garaude
L'Homme avance à grands pas
©Pauline Garaude
Le temps qui passe
©Pauline Garaude
Rencontre dans le temps
©Pauline Garaude
©Pauline Garaude

Panzano Arte,
exposition de Nathalie Decoster en Toscane

Nul hasard à ce que sa dernière exposition soit en pleine nature, dans les collines du Chianti en Toscane, avec l’adorable village de Panzano comme point de départ de l’itinéraire artistique. « Dans la nature, mes sculptures prennent une tout autre dimension. Beaucoup, avec mon messager face à l’horizon et le contemplant, sont une invitation à la méditation. J’ai voulu exposer mes œuvres dans plusieurs endroits pour que l’exposition soit en elle-même un parcours spirituel. À chaque étape, je souhaite amener le spectateur à une réflexion profonde, car c’est ce qui m’a donné cette qualité de vie et cette sérénité », confie l’artiste, dont on peut voir l’exposition jusqu’au 17 septembre, en attendant de les retrouver à Paris, place Vendôme et au Carrousel du Louvre l’an prochain.

Panzano Arte.
Jusqu’au 17 septembre.
www.panzanoarte.com

P.G.

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