©Alice Papin

Louis Hourmant :
l’architecture des centres de pratique franciliens passée au crible

Une soixantaine de lieux de culte bouddhistes sont implantés en région parisienne. Docteur en sociologie des religions, spécialiste de l'implantation du bouddhisme en Occident, Louis Hourmant analyse les caractéristiques architecturales de ces édifices. 

Dans le monde chinois, l’architecture bouddhiste se calque sur les styles chinois. En Île-de-France, les monastères construits se sont-ils aussi adaptés à leur environnement ?

Adapter n’est pas le bon mot. De manière générale, les lieux de culte bouddhistes cherchent à reproduire l’architecture du pays asiatique d’origine. On peut parler d’adaptation dans le sens où, en raison de contraintes financières ou architecturales, des lieux de culte ont souvent pris forme dans des édifices préexistants tels que des villas ou de simples appartements, voire des châteaux pour des temples situés en province. Un grand nombre de centres de pratique ne sont pas reconnaissables de l’extérieur. Dans Paris intra-muros, à cause du manque de place, les centres de pratique se limitent parfois à une salle de méditation. Dans le XIIIe arrondissement de Paris, la Dalle des Olympiades, vaste ensemble immobilier construit dans les années 1970, abrite le temple chinois de l’Amicale des Teochew en France, une amicale vietnamienne, mais on peut passer devant sans s’en rendre compte. Un peu plus loin, rue du disque, un temple traditionnel dédié au Bouddha passe complètement inaperçu, il faut pénétrer dans un passage souterrain pour s’y rendre. Pour trouver des bâtiments de plus grande taille, il est nécessaire de traverser le périphérique. Le plus important centre d’Europe est celui du Fo Guang Shan. Récemment inauguré, il se trouve à Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne. Imaginé par les architectes Frédéric Rolland et Kris Yao, ce bâtiment néo-traditionnel, s’étend sur une surface de 5200 m². Basé à Taïwan, l’ordre monastique Fo Guang Shan cherche à dynamiser le bouddhisme chinois en France.

Selon un recensement de l’Institut d’études bouddhiques, environ 350 lieux de pratique sont présents en France, dont une bonne soixantaine en Île-de-France. Les premiers bâtiments ont été construits ou aménagés dans les années 1980, lorsque les populations asiatiques ont commencé à immigrer en Europe. Il y a une dizaine d’années, un guide des lieux de culte recensait au minimum une pagode, temple ou monastère par département. (1)

« Selon un recensement de l’Institut d’études bouddhiques, environ 350 lieux de pratique sont présents en France, dont une bonne soixantaine en Île-de-France. Les premiers bâtiments ont été construits ou aménagés dans les années 1980, lorsque les populations asiatiques ont commencé à immigrer en Europe. »

En France, on note une différence assez forte entre les lieux de culte des « convertis » et ceux des migrants asiatiques vietnamiens, laotiens et cambodgiens, et leurs descendants. Entre le bouddhisme du « Grand véhicule » et du « Petit véhicule ». Le Theravada privilégie des représentations de la figure du Bouddha Sakyamuni alors que dans le « Grand véhicule », aux côtés du Bouddha Sakyamuni, sont souvent disposés des statues de « Bouddhas de méditation », aux aspects divers.

D’après Le Monde, le coût du temple de Bussy-Saint-Georges est de 16 millions d’euros. Comment ces édifices sont-ils financés ?

Ce sont des questions analogues à celles qui se posent pour le financement des mosquées. Les fidèles bouddhistes ne sont pas toujours fortunés ou assez nombreux pour financer les édifices. Des apports extérieurs peuvent provenir d’organisations bouddhistes suffisamment riches ou de fonds liés aux pays d’origine. En Seine-et-Marne, à Moissy-Cramayel, on dit que la pagode bouddhiste Wat Thammapathip, installée au château de Lugny, est une vitrine du pouvoir thaïlandais. Lorsqu’il s’agit de mouvements transnationaux, comme le Fo Guang Shan, davantage d’argent est apporté par l’organisation mère dotée d’une réelle puissance économique.

L’architecture de la Grande Pagode de Vincennes est surprenante. Quelle est son histoire ? 

Situé aux abords du lac Daumesnil, l’édifice a été aménagé dans l’ancien pavillon du Cameroun et du Togo. Dans les années 1970, une association inter-bouddhiste a milité pour la construction en région parisienne d’un lieu symbolisant la présence du bouddhisme en France, à l’instar de la Grande Mosquée de Paris. En 1978, la ville de Paris a donc fait don à cette association de ces anciens vestiges de l’Exposition coloniale. Ici encore, nous sommes dans le cadre du réemploi. Le bâtiment ressemble à une case monumentale africaine avec un toit en chaume.

C’est un lieu très vivant qui accueille les fêtes et enseignements donnés par toutes les communautés bouddhiques. En 2009, le roi de Thaïlande a offert à l’Union Bouddhiste de France, dont le siège se situe à la Grande Pagode, des reliques du Bouddha. Par ce don, la Grande Pagode est devenue l’équivalent de ce que l’on appelle en Asie un stupa. Les stupas sont des édifices-reliquaires, souvent monumentaux, qui abritent des reliques du Bouddha ou de personnages marquants du bouddhisme

Notes

(1) Bouddhismes. Le guide des écoles du bouddhisme en France, Suisse, Belgique d’Alain Sillard (LeSir-NiL éditions, 1998)

Pour aller plus loin

Chinatown, les mystères et les splendeurs d’une cité interdite à Paris de Michel Banassat (Éditions ADTL, 2002)

Centre bouddhiste de la Voie du Diamant à Paris, XIIe arrondissement ©A. Papin
Centre bouddhiste de la Voie-du Diamant à Villebon ©A. Papin

Louis Hourmant en quelques mots

Docteur de l’École Pratique des Hautes Études (EPHE) en sciences des religions et systèmes de pensée, Louis Hourmant est l’auteur d’une thèse portant sur « la construction du croire au sein du mouvement bouddhiste Sôka Gakkai en France ». Soutenue en 2009, cette étude sociologique analyse la présence de l’organisation bouddhiste Sôka Gakkai (SG) en France. Dans un premier temps, l’auteur resitue le mouvement dans son contexte japonais puis il s’intéresse à l’implantation française en étudiant les différentes pratiques de ses membres : cultuelles, de prédication et d’encouragement mutuel, de service et de diffusion de la doctrine. Par ailleurs, Louis Hourmant a participé à différents ouvrages collectifs tels que Des cultures et des dieux. Repères pour un enseignement du fait religieux (Fayard, 2007) ou encore Les mutations contemporaines du religieux (Brépols, 2003).

A.P.

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