©Jan Pieter

Lérab Ling :
le monastère en chemin vers la transition écologique

Situé près de Montpellier (Hérault), Lérab Ling est un site inspirant pour ceux qui souhaitent réduire leur empreinte écologique et se reconnecter à la nature, tout en pratiquant la voie du Bouddha. Dans ce centre d’étude et de retraite du bouddhisme tibétain, la nature est foisonnante. Tout comme les initiatives de transition écologique, que ce soit au niveau de la gestion des espaces verts, de la nourriture, des bâtiments ou de l’énergie. Visite guidée.

Après une nuit emmitouflée dans le silence, je me réveille en me demandant où suis-je. Depuis ma douillette cabane en bois, mon regard plonge sur la cime des arbres qu’enveloppe le brouillard automnal. Quand soudain, surgit, derrière ce halo, la silhouette d’un impressionnant temple bouddhiste. Aurai-je atterri sur le Toit du Monde ? La brume (de mon esprit) dissipée, je prends conscience que si je suis bien perchée, ce n’est qu’à 800 mètres d’altitude. Me voici au centre d’étude et de retraite du bouddhisme tibétain, Lérab Ling, situé à une heure de route de Montpellier (Hérault), dans le parc naturel régional du Haut-Languedoc. Fondé en 1992, le lieu abrite une communauté monastique et laïque qui vit en harmonie avec la somptueuse nature environnante.

« Le bouddhisme est une bonne porte d’entrée pour réduire son empreinte écologique, estime Sam Truscott, directeur du centre. Parce qu’il nous permet de transformer notre esprit et d’aller dans le sens de la « sobriété heureuse » que promeut Pierre Rabhi. Quand on développe un contentement intérieur, on n’a ainsi plus besoin d’acquérir des biens matériels, tels des 4X4 urbains, pour satisfaire son ego et assouvir ses insatiables désirs. » Fidèle à l’esprit de Lérab Ling, qui, en Tibétain, signifie « le sanctuaire de l’activité éveillée », le directeur du centre remarque : « Faire un travail sur soi, grâce au bouddhisme, est l’approche la plus durable de l’écologie. »

Temple de Lerab Ling
©Andy Hart

« Je travaille avec la nature, non contre elle »

Sur 80 % de ce vaste domaine de 150 hectares se déploie une forêt de chênes, de hêtres, de tilleuls et de châtaigniers, dont certains sont trois fois centenaires. Pour ses séances de méditation, Andy Hard, responsable des espaces verts à Lerab Ling, aime s’asseoir au pied de l’un de ces arbres : « Je me sens alors en interconnexion avec ce monde sauvage. Quand je prends une inspiration, les arbres inspirent avec moi. Et, ensemble, nous expirons. Comme eux, je suis enraciné ici. » Aux beaux jours, les prairies sauvages du lieu se parent de fleurs multicolores : bleuets, coquelicots, bourrache et pâquerettes. À en croire Andy Hard : « L’été, la prairie chante. Les abeilles, les oiseaux, le vent qui caresse les herbes… C’est tellement harmonieux ». Pas étonnant que le site soit classé « Refuge LPO » (Ligue pour la protection des oiseaux). Par respect pour cette symphonie naturelle, ce chef d’orchestre et son équipe n’utilisent ni engrais ni pesticide de synthèse issus de l’industrie pétrochimique. De même, ils ne pratiquent qu’une coupe des prairies par an. « Je travaille avec la nature, non contre elle, précise Andy Hard. En tant que jardinier, j’interviens au minimum, car la nature sait comment s’autoréguler. »

Comme lui, Freddy Brandli, responsable du potager, préserve avec soin la biodiversité qui fourmille à Lérab Ling. Épaulé de son collègue, il cultive une fertile parcelle d’un hectare. « Nous respectons les techniques de l’agriculture biologique et le vivant des sols, explique-t-il. Par exemple, nous ne labourons pas en profondeur, ce qui permet de sauvegarder la vie microbienne présente naturellement dans les sols. » Pour se reconnecter avec la terre nourricière, certains retraitants suivent les sillons tracés par ces deux maraîchers. L’occasion de comprendre, de façon empirique, les enjeux actuels de l’agriculture, conséquences du dérèglement climatique, telles la sécheresse, effondrement de la biodiversité, relocalisation de la production alimentaire. C’est ainsi qu’ensemble, ils sèment, arrosent, désherbent. Et récoltent des paniers gourmands d’herbes aromatiques, de pommes de terre, de blettes, de salades ou encore de courgettes.

Jetsun Khandro Rinpoche
©Andy Hart

Écologie sociale

Autant de croquantes vitamines destinées aux cuisines de Lérab Ling. « 60 % des pommes de terre et 10 % des légumes verts que nous mangeons viennent du potager », détaille David Plazanet, le chef de la restauration. Lui et son équipe servent, au minimum, 250 couverts par jour (petit-déjeuner et dîners des 64 membres de la congrégation plus déjeuners en partage avec les 58 salariés). Et jusqu’à 2000 personnes en moyenne trois mois dans l’année, le centre accueillant de nombreux événements ouverts au public.

Soucieux de réduire son empreinte écologique, David Plazanet achète 60 % de ses fruits et légumes, de saison, dans un rayon de 70 kilomètres autour de Lérab Ling, dont 40 % directement auprès de petits producteurs. Et la moitié de ses denrées alimentaires est labellisée Bio. « Impossible – pour l’instant – d’atteindre les 100 % pour une raison budgétaire », remarque-t-il. À l’évocation des dérives de l’agriculture biologique, la moutarde lui monte au nez : « Je dis « Niet ! » aux pommes bio importées d’Argentine qui ont traversé des milliers de kilomètres à coup d’émissions de gaz à effet de serre. « Niet » également aux tomates bio d’Espagne qui poussent sous serre chauffées et sont cultivées par des personnes traitées comme des esclaves. L’écologie doit être sociale. »

Autre exemple de choix alimentaire durable : le régime de Lérab Ling est principalement végétarien. Et quand du poisson est servi, c’est en provenance de Méditerranée ou de la façade Atlantique. La viande, elle, vient de l’Aubrac. Pour un apport en protéine suffisant, David Plazanet cuisine du tofu. Tout en faisant la soupe à la grimace : « Ça a la texture du caoutchouc, mais comme mes amis bouddhistes apprécient, j’en sers souvent ! »

« Le bouddhisme est une bonne porte d’entrée pour réduire son empreinte écologique. Parce qu’il nous permet de transformer notre esprit et d’aller dans le sens de la « sobriété heureuse » que promeut Pierre Rabhi. Quand on développe un contentement intérieur, on n’a ainsi plus besoin d’acquérir des biens matériels, tels des 4X4 urbains, pour satisfaire son ego et assouvir ses insatiables désirs. »  Sam Truscott

Pour diminuer les emballages, David Plazanet privilégie les achats en vrac (à hauteur de 60 %). Finies les portions individuelles de yaourt ! De même, pour réduire le gaspillage alimentaire, chaque convive se sert dans des assiettes compartimentées (en inox : haros sur le plastique !). Grâce à l’aménagement de poubelles de tri sur le site, les éventuels restes des repas et les déchets de cuisine sont récupérés. Destination le compost organique qui viendra enrichir le sol du potager, et la boucle est bouclée !

Enfin au niveau de l’efficacité énergétique, les parties communes (buanderie, salle à manger, cuisine) sont centralisés, les espaces de vie compacts (9 m2 en moyenne la chambre) et les nouvelles constructions, en bois local, sont isolés avec de la laine de bois. Surtout, Lérab Ling s’est doté d’un système de chauffage à bois central dont la visite est accessible au public, lors des journées portes ouvertes. Explications de Benoît Matton, responsable des services techniques : « Notre chaufferie est alimentée par du bois déchiqueté en provenance de forêts situées dans un rayon de 50 kilomètres autour de Lérab Ling, dont 10 % directement de nos arbres. Grâce à ce système, nous sommes autonomes. » Non seulement tous les bâtiments (les 233 chambres, le magnifique temple consacré par le Dalaï-Lama en 2008, les bureaux ou encore les équipements collectifs) sont ainsi chauffés naturellement, mais aussi l’eau (qui provient d’une source locale). Notons que le lieu est doté de sa propre station d’épuration. Pour aller plus loin sur ce volet énergétique, Lérab Ling a l’intention de s’équiper de panneaux photovoltaïques. « En tant que bouddhistes, constate Benoît Matton, il nous faut montrer l’exemple de la façon dont on peut prendre soin de notre mère Terre. »

Pour aller plus loin

www.lerabling.org

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