©David Ducoin

Le Sonmudo :
un art martial très cool

Reportage en immersion chez les moines volants de Corée du Sud.

Une nuit de décembre au pays du matin calme. 4h du matin, mes paupières sont encore collées quand j’entends le son du gong qui sonne le réveil. J’ai du mal à m’extirper du tatami posé à même le sol dans ma cellule de visiteur. Le "ondol", chauffage au sol traditionnel coréen, sûrement réglé au maximum, m’a obligé à ouvrir la fenêtre une partie de la nuit. C’est dans un "chaud-froid" intense que je me suis reposé quelques heures avant de rejoindre les moines du temple.

Dans la pénombre et le silence, un groupe de moines affronte l'air glacé et se dirige vers le temple du bouddha de pierre. Comme tous les jours, Maître Jeog Un Seol dirige la méditation matinale rythmée par le son laconique du moktak, un instrument de musique en bois au bruit sec et résonnant. En fin de séance, il réveille les élèves qui ont perturbé le silence de leurs ronflements sourds à l'aide d'un bâton qu'il fait claquer sur un point précis, en haut du dos, des fautifs. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’est pas douloureux de recevoir ainsi le bâton, cela réveille les énergies endormies. Ceux-ci s’inclinent et gratifient le maître d’un "Kamzan Nida", "merci" en langue coréenne.

Un art de la guerre non violent

Les élèves peuvent ensuite commencer l’entraînement. Nous sommes dans le temple bouddhiste Zen de Golgulsa, au sud du pays, la discipline est de rigueur pour ceux qui y séjournent. Les arts martiaux bouddhiques, connus au départ sous le nom de "kum kan yung kwan", font partie de la pratique quotidienne de certains moines depuis l'arrivée du bouddhisme en Corée il y a plus 1500 ans. Ces techniques de combats, interdites sous l'occupation japonaise au XXe siècle, connaissent un véritable essor depuis les années 70. En 1984, le célèbre moine Yang Hik (mort en méditation en 2006) autorisa maître Joeg Un Seol, l'un de ses élèves, à enseigner à des laïcs cette pratique martiale, jusqu'alors réservée aux moines. Maître Joeg Un Seol créa alors le centre mondial de Sonmudo au temple de Golgul, le temple du bouddha de pierre, célèbre pour sa sculpture du Bouddha Maya Tathagata, qui date de la dynastie Shilla du VIe siècle.

Recevoir un coup de bâton réveille les énergies endormies.

Le lieu est encore confidentiel. De quoi piquer ma curiosité. En voyage en Corée du Sud pour un court séjour, je décide de me rendre sur ce haut lieu du bouddhisme, situé non loin de Gyongju, la capitale culturelle du pays, ancien fief de la dynastie Shilla. Quelle ne fut pas ma surprise d’arriver en pleine démonstration de Somnudo. Parmi les disciples-apprentis, à la pause, je fais la connaissance d’Elvis, un Français qui séjourne là depuis plus d’un an. Il m’encourage à revenir effectuer le programme d’immersion. « C’est une expérience unique que très peu d’étrangers ont eu l’occasion de vivre », me dit-il.

Je ne veux pas passer à côté de la possibilité de vivre le quotidien des étudiants. Cela sera dur, mais enrichissant. Le temple de Golgulsa, comme beaucoup de temples bouddhistes coréens, propose des programmes de "temple stay", littéralement résidence en temple. Ses séjours permettent à ceux qui le désirent de vivre le quotidien des moines, d’assister et de participer aux rituels, mais aussi d’être initié aux techniques de méditation et de les pratiquer.

Le Maître et Elvis volent dans le ciel !

Les étudiants sont jeunes et connaissent déjà des techniques de méditation basées sur l’observation du vide, le tir à l’arc qui demande une concentration énorme fait partie du programme ainsi que des techniques de bâton. Dans quelques années, les "mudras", gestes de la main avec une symbolique très profonde, leur seront enseignés.

16 h, maître Borim, maître Chulan, maître Lee Jun Ho et Elvis volent littéralement dans le ciel ! Je suis impressionné. Elvis m'explique : « La pratique du Sonmudo associe des pratiques apparentées au Kung Fu, au Tai Chi Chuan, au Chi Kong et au Yoga. Et, bien sûr, à la pratique de la méditation Zen, en silence ». Au bout d’un an, Elvis est enchanté des résultats obtenus, les bénéfices sont nombreux. « La pratique des mouvements, de la concentration et de la respiration développe force, souplesse, équilibre et résistance autant physique que mentale. Et cela change profondément ma manière de vivre au quotidien ».

19h30. Après un dîner spartiate et végétarien, similaire au déjeuner et au petit-déjeuner, les aînés, 3e et 4e dan, donnent le dernier enseignement du jour aux plus jeunes. Un mandala et des mantras comme support me rappellent que le mouvement Zen est bien présent en Corée du Sud, alors que la plupart du temps il est associé au Japon.

Certains n'ont pas dix ans, ce qui explique que Maître Lee Jun, 4e dan, n'ait que vingt-cinq ans, dont onze de pratique de Sonmudo. Cette pratique bouddhiste autrefois guerrière est aujourd'hui devenue sportive et spirituelle, et de nombreux Coréens viennent s’y former dès leur plus jeune âge. De mon côté, cette expérience m’a fait prendre conscience que la disciple (physique, alimentaire et spirituelle) apporte des résultats évidents et prévisibles sur le mental, la santé et le bien-être.

21h30. Extinction des feux, le temple de Golgulsa s'endort, les apprentis du Sonmudo sont immobiles tels les bouddhas de pierre qui les entourent. L'immobilité est au cœur de la pratique zen, tout comme le mouvement est au cœur du Sonmudo, et pourtant ces deux pratiques sont indissociables. L'art du Sonmudo consisterait-il à trouver l'immobilité dans le mouvement ?

David Ducoin Photographe, réalisateur de documentaires, guide accompagnateur et conférencier, David Ducoin parcourt le monde depuis son plus jeune âge. Après son premier voyage au Zanskar en 1989, il réalise un voyage de dix-huit mois à Lire +
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