©Alice Papin

Hervé Lemaître :
l’explorateur de la conscience

Ingénieur de recherche en neuro-imagerie, Hervé Lemaître se fascine pour le fonctionnement du cerveau et la méditation pleine conscience. Habitant de Villebon-sur-Yvette, il est l'un des membres de l'Institut bouddhique Truc Lâm.

Il règne une ambiance étrange. 18 heures, un soir d’hiver. La nuit est déjà tombée. Au cœur de Paris, l’hôpital Necker-Enfants malades s’est vidé de la majorité de ses visiteurs. Nous avons rendez-vous avec Hervé Lemaître, ingénieur de recherche en neuro-imagerie à l’Université Paris-Sud et adepte de méditation de la Pleine conscience. Depuis la rentrée scolaire, le chercheur a rejoint le laboratoire de Stanislas Dehaene, pionnier des neurosciences cognitives et professeur au Collège de France. Au sein de la cafétéria de l’hôpital quasi déserte, Hervé Lemaître arrive l’air serein, tirant une trottinette derrière lui. Elle lui permet de rejoindre plus rapidement son domicile situé à 25 kilomètres, à Villebon-sur-Yvette. Cette commune de l’Essonne n’est pas inconnue du monde bouddhiste français : dans les hauteurs de la ville se trouve l’institut bouddhique Truc Lâm. Depuis trois ans, le quadragénaire y pratique la méditation tous les quinze jours.

L’appel du Bouddha blanc

Tout commence par un déménagement. En 2010, Hervé Lemaître achète une maison à Villebon-sur-Yvette. « De mon jardin, je voyais au loin une tache blanche », se remémore-t-il. Curieux, il attrape son appareil photo et zoome sur la tache. Résultat : il s’agit d’une imposante statue représentant un Bouddha blanc. Celui-ci surmonte l’institut bouddhique vietnamien Truc Lâm depuis 1993. Intrigué, Hervé Lemaître part visiter la pagode. Mais à l’époque, l’histoire s’arrête là : le chercheur ne porte pas d’intérêt particulier au bouddhisme.

Les mois passent. L’amateur de mangas découvre la série d’animation télévisée Avatar, le dernier maître de l’air. Cette production américaine enfantine le touche. « S’inspirant du bouddhisme, elle pose de réelles questions sur la méditation et la bienveillance », explique-t-il. Durant cette période, le chercheur s’interroge, en plus, sur sa spiritualité. Il a grandi dans l’Orne, ses parents sont catholiques pratiquants. Le dimanche matin, il se rendait avec eux à la messe sans pour autant adhérer au catholicisme. Après son bac, il embrasse une carrière scientifique. Et, l’âge venant, sa vie de famille et sa carrière professionnelle étant stables, Hervé Lemaître commence alors à se questionner sur « l’après ». C’est alors qu’un collègue lui prête l’ouvrage du moine tibétain Yongey Mingyour Rinpotché, Le bonheur de la méditation. Le livre est simple, pratique, concret. « Yongey Mingyour Rinpotché a une vie de moine, mais raconte souffrir de crises d’angoisse. » Le scientifique est touché. Ce livre fait écho à son travail. « Son post doctorat, effectué dans le district de Washington, aux États-Unis, portait sur les maladies psychiatriques et le vieillissement » nous dit-il.

Une rencontre déterminante

À l’aide d’une application sur son smartphone, Hervé Lemaître commence à méditer seul. Très vite, il ressent de la sérénité, du calme. Ce qui lui donne envie d’approfondir cette pratique. Un dimanche de novembre, il se rend à l’institut bouddhique Truc Lâm pour participer à une séance de méditation collective. Ce jour-là, le docteur Dinh Hy Trinh, membre du conseil d’administration, fait un exposé sur les bienfaits de la méditation et cite différentes études en neurosciences. Le docteur lui paraît à la fois « clair, pointu, juste et prudent ». Ce qui le convainc que « la méditation cache quelque chose de profond sur le plan spirituel, mais aussi scientifique. » Et oriente sa recherche personnelle différemment.

« Dans les années 1980, aux débuts de l’imagerie cérébrale, on ne comprenait pas comment l’homme ou l’animal réussissait à réfléchir. C’était comme le Grand Ouest, aux États-Unis, au XIXe siècle, tout était à explorer. »

Depuis, la méditation fait partie de son quotidien. Il assiste aux séances organisées à la pagode tous les quinze jours, de septembre à juillet, et en dirige certaines, parfois. En dehors de ces moments en groupe, il pratique seul chaque matin, quinze minutes, entre 6h30 et 7 heures. Ce qui l’aide à prendre du recul dans sa vie de tous les jours. Lorsque surviennent des tensions au travail ou que ses enfants font des bêtises, il ne prend plus les choses de plein fouet et contextualise.

Cette pratique le questionne également, sur un plan professionnel, au sujet du cerveau humain. Cette machine merveilleuse dont le fonctionnement reste aujourd’hui peu connu. « Dans les années 1980, aux débuts de l’imagerie cérébrale, on ne comprenait pas comment l’homme ou l’animal réussissait à réfléchir ou à réaliser certaines actions, souligne-t-il. C’était comme le Grand Ouest, aux États-Unis, au XIXe siècle, tout était à explorer. » De même, les mécanismes cérébraux à l’œuvre lorsque l’on médite demeurent encore parfois énigmatiques. Hervé Lemaître, qui connaît bien l’imagerie cérébrale, s’interroge sur les zones cérébrales concernées. Ainsi, pour lui, méditer consiste toujours à plonger dans l’inconnu

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