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Étapes du deuil et mort dans le bouddhisme
et le taoïsme

Décryptage des diverses conceptions de la mort en Asie.

« Comme le torrent se précipite vers la mer,
Comme le soleil et la lune glissent par-delà les montagnes du couchant,
Comme les jours et les nuits, les heures et les instants s’enfuient,
La vie humaine s’écoule inexorablement. »
Padmasambhava (VIIIe siècle)

Les réactions face à la mort diffèrent selon les cultures et les religions. Le bouddhisme recommande par exemple de ne pas pleurer les morts, pour ne pas, par égoïsme, les retenir près de soi. Et à accompagner le défunt avec amour et vigilance en célébrant des rituels spécifiques pendant les 49 jours qui suivent son décès afin qu’il renaisse dans les meilleures conditions possibles et qu’il poursuive sereinement le cycle de ses existences.

Sur un plan psychologique, le processus du deuil se déroule en général en sept étapes, communes à la plupart des êtres humains. Sans rentrer dans le détail, on trouve : le choc et l’incrédulité, le déni, la colère, le marchandage pour minimiser l’impact de la mort de l’autre, la tristesse (dépression voire culpabilité), l’acceptation et la reconstruction. Les traditions religieuses accompagnent ces phases différemment selon les cultures dans lesquelles elles se vivent. Le taoïsme et le bouddhisme en sont deux exemples types.

« La naissance est un moment important, mais nous n’avons aucun moyen d’agir sur cet événement. Il est déterminé. Inévitable. Quels que soient notre sexe, notre pays d’incarnation, nous devons les accepter tels quels. En revanche, s’il est vrai que la mort est également un événement imposé par les circonstances de nos vies, nous pouvons influencer ses conditions et, ce faisant, celles de nos renaissances. Nous sommes responsables de notre devenir. »
Le Dalaï-Lama

Le catalogue des conceptions de la mort

Dans le taoïsme, il existe une grande diversité de conceptions de la mort, qui sont relativement éloignées de celle que propose le bouddhisme. Les bouddhistes ambitionnent par exemple, dans certaines écoles, par compassion, de renaître comme bodhisattva pour aider les êtres à se libérer des causes de la souffrance et à trouver celles du bonheur afin de réaliser l’Éveil. Alors que certains taoïstes aspirent notamment à la longévité, à la préservation de la lignée, voire à l’immortalité. Ce désir de longévité se traduit en chine, comme dans la plupart des pays, par des mythes et légendes tels que celle qui raconte que l’empereur Jaune, devenu immortel, serait monté au ciel avec toute sa cour et son harem. Car c’est bien connu en Asie comme en Occident : c’est dans les cieux que vivent maintenant et à jamais les immortels.

« Il est essentiel de méditer sur le processus de la mort de manière à approfondir notre connaissance de l’esprit. » Le Dalaï-Lama

En Chine, de nombreux rituels existent selon les époques et les écoles. L’un d’entre eux enseigne qu’à l’heure de la mort, ayant transmis ses dernières instructions à ses disciples, le taoïste mourait ou selon l’expression chinoise consacrée à l’époque « s’asseyait en méditation et se transformait », comme l’explique Catherine Despeux dans ses ouvrages. Cette manière de rentrer dans la mort pourrait sembler proche de ce que propose le bouddhisme Chan, si elle ne se démarquait par le fait que le taoïste, avant d’en arriver là, était censé, grâce à diverses techniques spirituelles, avoir réussi à élaborer « un être de lumière » semblable à son corps de chair et pouvant être vu des autres, à sa mort.

« Il est essentiel de méditer sur le processus de la mort de manière à approfondir notre connaissance de l’esprit. »
Le Dalaï-Lama

Le face à face permanent du bouddhisme avec la mort

L’une des pratiques essentielles du bouddhisme consiste à faire en sorte que de théorique, la loi de l’impermanence, devienne concrète, au quotidien. Ce n’est qu’ainsi que la réalité nue et non conceptuelle apparaît au pratiquant. Reste qu’il s’agit là d’un sacré challenge.

La méditation est au cœur de cette révolution intérieure. Le pratiquant apprend par exemple à ne pas voir la mort comme une épreuve, mais comme un passage qui se prépare. Car, comme le dit le moine Matthieu Ricard, « si nous écartons la mort du champ de notre conscience, nous nous condamnons à nous retrouver dans un état de choc, voire de panique, au moment d’aborder la mort, ce qui ne nous permettra pas de franchir ce passage de façon optimale. Évidemment, nous ne savons pas ce que nous allons devenir ensuite. C’est un passage vers l’inconnu, vers un autre état qui, pour le bouddhisme, s’inscrit dans une continuité qui est déterminée par la résultante des causes précédemment accumulées. Mon devenir sera l’expression de ce que j’ai instillé dans ce flot de conscience. Si mon esprit est rempli de haine, de jalousie, d’obsession, tous ces facteurs réunis pour la conscience ne fasse l’expérience d’un monde d’intenses souffrances, mais la situation sera très différente si j’ai fait provision d’amour altruiste, de paix intérieure, d’une meilleure connaissance et d’une meilleure compréhension de la réalité. »

Par ailleurs, le bouddhisme enseigne qu’une ultime pensée d’amour peut changer entièrement la direction que prendront les renaissances du défunt, y compris si ce dernier est un criminel. Cette tradition de compassion et de bienveillance donne ainsi à chacun la chance de faire ce passage dans les meilleures conditions qui soient. Cette ouverture, cette possibilité de se transformer jusqu’au dernier souffle, incite chacun à prendre en charge, à chaque instant, l’entièreté de la responsabilité de son existence. Rien n’est jamais définitif dans le bouddhisme puisque rien n’existe en soi ni par soi et que rien ne dure. Une telle attitude confère une grande liberté.

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