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Droits de l’homme :
la puissance de la résilience tibétaine

Depuis sept décennies de répression, le gouvernement chinois poursuit son assaut contre la culture, l'identité et le mode de vie tibétains, tout en butant toujours contre un obstacle de taille : la résilience tibétaine.

Le monde et le Tibet

Face à cette situation, les ONG, les Nations Unies et les gouvernements occidentaux, dont celui des États-Unis qui défend les libertés civiles (liberté d'expression, de religion et de réunion), exigent régulièrement que soient appliquées les normes de la Charte internationale des droits de l'homme (1). Mais, de son côté, la Chine prône le droit à un niveau de vie suffisant - droits au travail, au logement, à l’éducation, à la santé, etc. Des positions jusqu’alors inconciliables, et pendant ce temps, les peuples pris entre deux feux, comme les Tibétains et les Ouïghours, continuent de souffrir. Une situation qui promet de s’aggraver encore dans la mesure où le Parti communiste chinois a défini « sept périls » (2), approuvés par Xi Jinping, le président de la République populaire de Chine, parmi lesquels les valeurs universelles des droits de l’homme, réduisant ainsi plus que jamais la portée de celles-ci au sein du contrat social.

La « Nouvelle Ère » de Xi Jinping

C'est dans ce contexte qu’au sujet du Tibet, fin 2019, la Chine a fait deux déclarations issues de la « Nouvelle Ère » autoproclamée par Xi Jinping, très préoccupantes :
- La prochaine réincarnation du Dalaï-Lama devra se conformer à la loi chinoise.
- À partir du 1er mai 2020, une loi sur l’« unité ethnique », qui vise à établir une zone modèle pour le progrès dans la région autonome du Tibet, entrera en vigueur. Pour mémoire, le mois de septembre est déjà celui de « l’unité ethnique » depuis 1990.

La Chine et le processus des renaissances

En réponse à la position de la Chine vis-à-vis du Dalaï-Lama, la communauté internationale commence à se mobiliser :
- Aux États-Unis, le 28 janvier 2020, la Chambre des représentants a adopté, à une forte majorité, la loi « Tibet Policy and Support Act », qui prévoit des sanctions si la Chine interfère dans le processus de réincarnation tibétaine. Le Sénat devrait la valider également début 2020.
- En France, le sénateur Michel Raison a adressé au ministre européen des Affaires étrangères Yves Le Drian une question concernant le processus de désignation du prochain Dalaï-Lama. - Le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas a souligné que la mise en œuvre de ce processus relevait exclusivement de la communauté religieuse tibétaine.

Est-ce que ces réactions, si rapides, s’expliquent par les leçons tirées de ce qui se passa en 1995 ? Sans doute, en partie. À l’époque, le gouvernement chinois, s’ingérant dans le processus de réincarnation propre au bouddhisme tibétain, avait kidnappé un enfant de six ans que le Dalaï-Lama venait de le reconnaître comme étant la réincarnation d’un chef religieux tibétain de premier plan, le Panchen-Lama, afin de le remplacer par un candidat de son choix. À ce jour, cet enfant reste le plus jeune prisonnier « politique » au monde. Personne ne sait ce qu’il est devenu.

Ce qui se cache derrière la notion d’unité ethnique

Les campagnes en faveur de l’unité ethnique, débutées fin des années 80 partout en Chine, se durcissent de décennie en décennie. Entre les réunions multiples destinées officiellement à favoriser le progrès matériel, qui réduisent, dans les faits l’espace d’expression des populations, les campagnes d’éducation sur ce sujet dans les écoles du pays et l’établissement d’une loi en bonne et due forme,dans les régions « sensibles »… Tout est fait, notamment sur le Toit du Monde et dans les quatre autres régions autonomes de la Chine - les régions musulmanes du Xinjiang, du Ningxia et du Guangxi, et la Mongolie du Sud - pour rendre illégale toute action qui irait à l’encontre de ce processus et restreindre la liberté des populations concernées.

Tout semble fait pour gommer l'identité des minorités ethniques et favoriser la mise en place d’une « Chine unique ».

Depuis février 2010, date à laquelle cette loi est entrée en vigueur au Xinjiang, la situation inquiète la communauté internationale. La région connaît notamment une crise de croissance particulièrement dramatique : un million de personnes sont retenues dans des camps de concentration baptisés « Centres de formation » pour y « étudier ». Selon certaines sources (Forbes et NBC News et Albawaba The Node, juin 2019), dans ces centres, des « prélèvements d'organes halal » seraient faits au bénéfice de citoyens saoudiens. Face à cette situation, les nouveaux bâtiments construits au Tibet, visibles sur des images satellites, préoccupent certains observateurs internationaux, qui craignent qu’ils ne soient destinés à devenir des prisons tibétaines. Dans ce contexte, la promotion en septembre 2019, par le bureau politique du comité central du Parti communiste chinois, de nouveaux principes destinés à mettre en place une nouvelle « éducation patriotique » (pour « permettre aux Chinois de comprendre la nature du « Rêve chinois », afin d’inspirer l'amour du Parti, du pays et du socialisme, et se préparer à la grande dynamique du renouveau national »), est préoccupante.

Un totalitarisme augmenté par le numérique  

Tout semble donc fait pour gommer l'identité des minorités ethniques et favoriser la mise en place d’une « Chine unique » :
- Des clauses sont conclues dans les accords passés avec certains partenaires, comme par exemple en janvier 2020 avec le Myanmar voisin, qui affirmait à cette occasion que le Myanmar reconnaissait que le Tibet, Taïwan et Hong Kong faisaient partie intégrante de la Chine.
- Les nouvelles technologies emprisonnent de plus en plus les minorités. L’observation de la stratégie globale de contrôle de la Chine brosse un tableau sombre où l’amplification des mesures répressives par d’omniprésents dispositifs informatiques : 170 millions de caméras de vidéosurveillance ont été installées en Chine en 2017, nombre qui devrait être porté à 400 millions en 2020, sans parler de la multitude des téléphones portables.

Le gouvernement chinois a investi massivement dans les technologies numériques pour mieux gérer les populations et les médias sociaux. Et le renforcement des patrouilles aux frontières ainsi que l’accord passé avec le Népal en octobre 2019, lors une visite de Xi Jinping à propos du « retour » en Chine des réfugiés (3) par exemple, lui ont permis de réguler les flux des réfugiés tibétains vers le Népal et l’Inde. Tout cela nous prive de nombre de témoignages de première main sur la vie au Tibet que ces réfugiés transmettaient.

Perspectives

Le début du XXe siècle, époque à laquelle le XIIIe Dalaï-Lama avait aboli la peine de mort au Tibet (l’une des premières nations à prendre cette décision), semble bien loin. Depuis 1949, soixante-dix ans de violence continue du gouvernement communiste chinois n’ont pas réussi à détruire l’identité tibétaine. Pourtant, d’après l’ONG Freedom House (4), le Tibet est classé ces quatre dernières années comme étant l’un des endroits les plus privés de liberté au monde.

L’occupation du Tibet par la Chine ne peut laisser personne indifférente, et les cris désespérés, assourdissants et ardents de toutes celles et ceux qui se sont auto-immolés - 155 Tibétaines et Tibétains depuis 2009 - rappellent à quel point les mesures politiques prises par la Chine ébranlent profondément la culture et la mentalité tibétaines. Leurs cris sonnent comme des S.O.S. à la face du monde.

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