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Dans le Chan, la femme aussi peut s’éveiller

Éclairage sur Miaodao, la première femme qui connut l’éveil auprès de son maître Dahui Zonggao, au XIIe siècle.

Née à Yanping, province du Fujian, dans une famille de hauts fonctionnaires – son père, Huang Shuang occupe, entre autres, les postes de ministre des rites à partir de 1101, puis de préfet de Fuzhou entre 1111 et 1118 -, Miaodao rencontre Donglin Changzong (1025-1091), maître Chan de la lignée de Linji, installé à Yanping et qui entretient des relations cordiales avec cette famille. Nonne à l’âge de vingt ans, au printemps de l’an 1134, Miaodao devient la disciple de Dahui Zonggao, célèbre maître de la lignée de Linji (Rinzai).

Dahui lui donne à méditer cette phrase d’un grand maître Chan du VIII et IXe siècles, Mazu : « Ce n’est pas l’esprit, ce n’est pas le Bouddha, ce n’est pas une chose ». Il lui délivre également des indications sur la façon de méditer sur cette phrase :

1-Ne pas le considérer comme une énonciation de vérité.
2-Ne pas le considérer comme une chose ni vouloir faire quelque chose à propos de cela.
3-Ne pas le prendre comme une étincelle ou un éclair qui illumine.
4-Ne pas essayer d’en deviner la signification.
5-Ne pas essayer de se le figurer en dehors du contexte dans lequel il lui a été donné.

Première disciple de Dahui Zonggao, Miaodao est la première femme à avoir été éveillée auprès de son maître Dahui Zonggao, au XIIe siècle.

Durant l’été 1134, frappé par la canicule, Miaodao s’exerce à résoudre son huatou (1) (« Ce n’est pas l’esprit, ce n’est pas le Bouddha, ce n’est pas une chose ») quand le bibliothécaire du monastère Kuang entre dans la chambre de méditation de Dahui Zonggao pour une instruction individuelle. Assise dehors, elle écoute les instructions et expérimente alors un grand moment de joie. Un peu plus tard, elle rapporte son expérience à son maître : « Je vous ai juste entendu prononcer « Ce n’est pas l’esprit, ce n’est pas le Bouddha, ce n’est pas une chose » et j’ai compris ! Aussitôt, son maître lui dit : « ”Ce n’est pas l’esprit, ce n’est pas le Bouddha, ce n’est pas une chose”. Comment comprenez-vous cela ? »

Elle répond : « J’ai compris, un point c’est tout ». Avant même qu’elle ait fini de parler, son maître pousse le cri “Khat !” et dit : « Il y a une chose en trop, la phrase “J’ai compris, un point c’est tout”. » C’est alors qu’elle a un premier goût de l’Éveil. Précisons que Miaodao, première disciple de Dahui Zonggao, un maître important pour les femmes, est la première femme connue à avoir été éveillée par la méthode du huatou caractéristique de la pratique de ce maître. Elle finit ses jours au Jingju si à Wenzhou (Zhejiang), un monastère qui avait une longue tradition de femmes enseignant le Chan

Catherine Despeux Sinologue professeur émérite de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), Catherine Despeux est également administratrice de l’Institut d’études bouddhiques. Spécialiste du taoïsme – Lire +

Notes

(1) Un huatou est une phrase courte, parfois issue d’un kôan, prise comme sujet de concentration et dont le but est de favoriser l’Éveil.

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