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Célébrer le Losar, le Nouvel An, avec les Tibétains, sur le Toit du Monde et ailleurs

Le Losar débute cette année le 24 février. À cette date, les Tibétains entreront dans l’an 2147. Le Nouvel An tibétain, le Losar, Mönlam Chenmo, est fixé selon un calendrier luni-solaire légèrement différent du calendrier chinois, d’où parfois des dates décalées. Les festivités durent quinze jours. Les maisons sont nettoyées de fond en comble et on s’habille de vêtements neufs. Les pratiques rituelles, quotidiennes, commémorent la période pendant laquelle le Bouddha accomplit des miracles à Shravasti et ont pour but de combattre le mal afin de commencer l’année avec de bonnes énergies. Des danses rituelles exprimant cette bataille entre le bien et le mal sont jouées devant la population. Rituels d’exorcisme, elles sont aussi le moyen de transmettre des enseignements aux personnes présentes.

Le Nouvel An tibétain donne lieu à une fête familiale qui est la plus importante du calendrier tibétain. Les cérémonies rituelles évoquent l’abandon de ce qui est ancien et/ou mauvais, le renouveau et la quête du sens de la vie. Les moines invoquent Bouddha et se livrent à des danses rituelles.

Traditionnellement, au Tibet à cette occasion, pendant une semaine, sont également organisés des spectacles de théâtre, des courses de chevaux montés par de magnifiques et vigoureux cavaliers, et d’immenses défilés très colorés dans lesquels les femmes portent leurs plus beaux atours et de sublimes bijoux traditionnels. Les volutes d’encens que font brûler à foison les familles tibétaines rassemblées pour ces manifestations enveloppent les spectateurs et font briller leurs yeux, en donnant une atmosphère étrange. Ailleurs, dans les temples, ces journées sont des moments privilégiés pour les participants de se recueillir et faire des offrandes au Bouddha et déités, en souhaitant pouvoir, un jour, vivre en paix dans ce pays orphelin de sa Sainteté le XIVe Dalaï-Lama.

Le goût amer de l’exil

À Dharamsala, où Tenzin Gyatso réside depuis 1959 à 2000 mètres d’altitude, la plus grande partie de l’année, et partout où se trouve la diaspora tibétaine, le losar est rarement une occasion de fête. Difficile de se réjouir en effet quand on vit en exil depuis plus de trois générations. Les plus anciens se souviennent de la terre de paix qu’ils ont quittée, de l’harmonie qui régnait entre les hommes et la nature. Et les plus jeunes restent déterminés à faire perdurer à l’étranger, la civilisation et la culture tibétaine, dans des conditions souvent difficiles. Pour tous, le devoir de mémoire est une évidence.

Pour le Dalaï-Lama, les journées du losar se déroulent en général comme à l’ordinaire, en suivant, chaque matin, dès l’aube, une même discipline quotidienne faite d’un temps pour la méditation, la prière et l’étude des enseignements bouddhistes, qui l’aide à conduire avec une détermination et un courage sans faille ses obligations de leader spirituel de son peuple. Une pratique journalière, qui lui permet de poursuivre sans faillir, notamment depuis qu’il reçut, en 1989, le Prix Nobel de la Paix pour son combat non violent contre la Chine et son action inlassable en faveur de la paix dans le monde.

Son entourage proche ne compte, qu’un nombre restreint de personnes. Parmi elles, son intendant veille à la bonne marche de son quotidien, à Dharamsala ou à l’étranger. Les journées du Dalaï-Lama débutent dès 4 heures. Ses premières pensées, totalement consacrées aux autres, donnent le ton de la journée. Il en parle, simplement, lorsqu’on le lui demande. « Lorsque je me réveille à l’aube, mon regard se porte naturellement vers une représentation sacrée du XVIIe siècle qui représente le bouddha historique. L’une des rares statues emportées au moment de l’exil. Puis je récite un mantra, une prière, au cours de laquelle je dédie tout ce que je ferais au cours des prochaines heures - sous forme d’offrande mentale - pour le bien des êtres. Enfin, je renouvelle le vœu du bodhisattva qui engage chaque disciple du Bouddha, à tout faire pour libérer les êtres de la souffrance et de ses causes et à les assister pour qu’ils trouvent le bonheur et ses causes. Ce souhait conduit celui qui le prend à renaître de vie en vie jusqu’à ce que chaque être sensible soit libéré du samsara, le cycle des existences. »

Cela fait, il se lève, procède à sa toilette et s’habille rapidement avant de commencer une longue méditation qui durera de longues heures. Ce n’est qu’ensuite qu’il se délasse. « Si le temps est beau, je vais au jardin. Ce moment est pour moi très particulier : je regarde le ciel, s’il est clair, je vois les étoiles et j’éprouve une impression particulière, celle de mon insignifiance dans le cosmos. La réalisation de ce que nous, les bouddhistes, appelons l’« impermanence ». Cela détend beaucoup », dit-il en substance.

Ainsi, pour les Tibétains en exil, s’il est vrai que faire de bons repas permettra de rappeler un peu les traditions passées et de parler de ce pays mythique que la plupart des jeunes n’ont pas connu, beaucoup de Tibétains consacreront également une partie de leurs temps à mettre leurs pas dans ceux du Dalaï-Lama

Vient enfin le moment du petit-déjeuner. Les deux moines qui l’accompagnent désormais, le Vénérable Thupten Ngawang et le Vénérable Tenzin Soepa, le lui apportent. Il le prend souvent en écoutant la BBC. Il est environ 6h du matin. Puis le Dalaï-Lama reprend ses pratiques méditatives. Il y consacre du temps, à plusieurs reprises, au cours d’une même journée. La méditation, pratique fondamentale pour tout bouddhiste, aide à développer une motivation juste, à faire naître en soi la compassion, l’amour, la tolérance, la non-violence, le détachement ; à mieux comprendre ce qui nous arrive ; à générer pardon et tolérance ; à se libérer de l’ignorance qui nous fait oublier que rien n’a d’existence en soi, que tout est impermanent, que nous sommes tous reliés, interdépendants.

De 9h au moment du déjeuner, il étudie les textes bouddhiques et se plonge parfois également dans la lecture d’ouvrages occidentaux consacrés notamment à la physique nucléaire, l’astronomie et la neurobiologie. Il arrive souvent que des scientifiques viennent discuter de la relation existante entre la philosophie bouddhiste et la leur, et comparent par exemple l’avancée de leurs travaux sur le fonctionnement du cerveau avec l’expérience bouddhiste des différents niveaux de conscience. Enfin, s’il lui reste un peu de temps avant de déjeuner, il le consacre au jardinage ou au bricolage.

12h30 : le déjeuner est servi. Les plats autrefois végétariens ont été remplacés - à la demande des médecins de Tenzin Gyatso, le XIVe Dalaï-Lama - par des aliments plus variés : de la soupe avec des nouilles, des momos (boulettes de viande enrobées de pâte et bouillies) et des sha-paleps (pains frits fourrés à la viande).

Le Dalaï-Lama consacre l’après-midi à remplir ses fonctions de chef d’État. Et cela jusqu’à 17h environ, heure à laquelle il se retire dans ses appartements. Il y prend alors en général un simple thé. Les moines bouddhistes ne dînent pas.

Le temps qui lui reste avant de se coucher est consacré pour l’essentiel à la méditation et à prier. Avant de s’endormir vers 20h30 ou 21h, ses dernières pensées vont vers son peuple. Pour eux, il prie la divinité tutélaire de son pays, le Tibet, Avalokitésvara, le Bouddha de la Compassion.

Le temps consacré à la pratique et aux autres, la discipline suivie, la régularité de son rythme de vie participent à exprimer cette incroyable unité entre ce qu’il est et ce qu’il exprime au travers de sa pensée, de ce qu’il fait, de ce qu’il enseigne et transmet. Et à produire cette incroyable présence et ce rayonnement particulier qui le caractérisent et qui donnent envie à un grand nombre de personnes de tout faire pour développer, à sa suite, une éthique spirituelle laïque et universelle basée sur les qualités humaines qu’il prône : l’amour, la compassion, la solidarité, la tolérance.

Ainsi, pour les Tibétains en exil, s’il est vrai que faire de bons repas permettra de rappeler un peu les traditions passées et de parler de ce pays mythique que la plupart des jeunes n’ont pas connu, beaucoup de Tibétains consacreront également une partie de leurs temps à mettre leurs pas dans ceux du Dalaï-Lama, à pratiquer et à faire, comme lui, des offrandes et des prières au Bouddha et déités du Toit du Monde. Développer la paix de l’esprit et la maîtrise de soi, en toutes circonstances, constituent pour eux, comme pour leur leader, les bases d’une existence sereine. Une régularité dont nous pouvons nous inspirer en essayant de suivre l’exemple de Tenzin Gyatso, dont chaque pensée, parole et action, est orientée vers le bien des autres.

Losar Tashi Delek ! Meilleurs vœux de santé et de prospérité à tous.

Mary-Tara O'Neill Mary-Tara O’Neill côtoie depuis près de quarante ans le monde bouddhiste : maîtres de toutes traditions, pratiquants aguerris, spécialistes divers et humains lambda comme elle. Toutes ces années, son challenge a été de se Lire +
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